Artiste slameur burkinabè, voix off et communicant, Maître LV revendique un slam engagé, porteur de sens et d’impact social. De son nom de scène pensé comme une exigence morale à sa conception du slam pour le développement, en passant par son refus d’utiliser l’intelligence artificielle pour écrire ses textes, l’artiste se confie sans détour. Parcours, inspirations, projets et conseils à la jeunesse, dans cet entretien, avec un slameur qui croit au pouvoir des mots pour apaiser les cœurs et transformer la société.
Lefaso.net : Présentez-vous à nos internautes ?
Maître LV : Je suis Maître LV, artiste musicien slameur africain d’origine burkinabè. Je suis également voix off, pour les publicités, les reportages, les documentaires, les publi-reportages. Vous entendez peut-être ma voix quelque part à la télé ou à la radio sans savoir peut-être que c’est moi. Il y a même une voix off que j’ai enregistrée hier simplement. Je vais tout à l’heure faire une démonstration de ce qu’est la voix off pour ceux qui ne la connaissent pas. Je suis donc aussi communicant, mais aujourd’hui je viens en tant qu’artiste slameur.
Pourquoi avez-vous choisi de vous nommer Maître LV ?
D’abord, je vais commencer par le mot ”Maître’’. Le maître, c’est une personne qui est appelée à donner des conseils. Au primaire, le maître enseigne aux élèves. Donc, un maître, c’est une personne qui doit avoir une certaine grandeur et une bonne réputation. C’est un nom que j’ai choisi pour m’auto-booster. Quand on m’appelle maître, je suis obligé de bien travailler. Je suis obligé d’être un exemple pour la jeunesse. Et on a “LV”, qui signifie le victorieux, la victoire ou le vainqueur simplement. Donc, à chaque fois que je suis sur scène, je me débrouille pour donner une performance d’un victorieux, d’un vainqueur. Donc, “Maître LV”, c’est le maître vainqueur.
Comment êtes-vous venu au slam ?
Ce qui m’a motivé à venir dans le slam, c’est tout ce que j’observe dans la vie de tous les jours. Le monde vit certaines difficultés qu’on peut guérir par les mots. Par exemple, aujourd’hui, nous vivons une situation compliquée, et à travers la parole, on peut arriver à apaiser les cœurs, on peut arriver à transformer l’être humain pour permettre au peuple de vivre ensemble. C’est vraiment le vécu quotidien qui m’a poussé dans le slam pour que je puisse apporter ma petite contribution à l’amélioration de certaines problématiques que nous vivons tous les jours, comme la situation de la femme, la situation aussi des hommes battus, des enfants maltraités ou les guerres dans le monde. C’est donc une envie d’apporter ma contribution au développement durable et au bien-être social au niveau du Burkina Faso et partout dans le monde.
Qui est votre idole dans ce domaine ?
Non ! Parce que parfois je me dis que c’est une chance de ne pas avoir une idole quelque part, mais d’écouter toutes ces personnes-là qui sont dans votre domaine. Cela vous permettra de puiser un peu de tout pour vous construire vous-même. Parce que, quand on a une idole dans un milieu donné, parfois, si on ne fait pas attention, il y a cette possibilité-là qu’on tente de copier son idole. Donc, on aura envie de faire comme cette idole, de s’exprimer comme lui. Et cela n’arrange pas l’artiste. Mon arrivée dans le slam a commencé par de la poésie que je lisais, par exemple, à la radio. Et c’est de là que je suis rentré dans le slam, sans vraiment connaître le slam. Et c’est ainsi que j’ai commencé à écouter d’autres slameurs qui m’ont inspiré.
Qu’est-ce qui fait votre particularité dans un Burkina Faso qui regorge aujourd’hui de slameurs ?
Ma particularité se trouve dans mes textes, dans ma prestance scénique et également dans mon innovation. Quand je parle de texte, je mets LV écrit comme personne. Je slame comme personne et j’innove comme personne. C’est-à-dire que si vous lisez mes textes, vous allez y retrouver peut-être des écrivains, mais c’est du Maître LV. Sur scène, c’est aussi du maître élevé. Parce que, comme vous voyez en live, pour un concert ou une activité, c’est du pur maître élevé. Donc ça aussi, c’est une. En termes d’innovation, j’ai créé ce que j’appelle le Slam pour le développement. C’était en 2023, au Burkina Faso. C’est une création qui m’a permis de collaborer avec des ONG et des institutions au Burkina Faso et à l’extérieur. Cela m’a permis de mieux orienter ma plume sur des questions de développement durable. J’ai par la suite, en 2025, créé le Slam Fusion.
On pense que le slam, c’est simplement de la poésie où une personne vient et elle dit un texte. Pourtant, le slam, c’est de la musique. Il y a toute une équipe qui accompagne le slameur
Vivez-vous exclusivement du slam ?
Le slam nourrit son homme. Le slam peut permettre de vivre dignement. Le slam m’offre beaucoup de choses. Je vis du slam. Mais pas seulement du slam. Je mène également d’autres activités. La voix off, par exemple, est un domaine vraiment très passionnant. Il y a ma casquette aussi de communicant. Ma casquette de communicant et de voix off me permet ainsi de vivre en plus du slam Donc, cela me rappelle un proverbe en mooré qui dit : « Quand vous avez une grande calebasse dans laquelle il y avait de la bouillie, qu’on a fini de boire et que vous avez la calebasse, racler le reste de bouillie vous permettra d’avoir une bouchée. » Donc un peu de communication, un peu de voix off, un peu de slam et la vie est belle.
Parlez-nous de votre parcours artistique.
Je trouve mon parcours artistique assez intéressant. Quand je regarde en arrière, j’ai une certaine fierté. Mais je ne fais pas trop de bruit sur les réseaux sociaux. J’ai des écrits qui sont là, qui n’ont même pas encore été réalisés. Je n’ai pas encore sorti de projet en solo. Mais cela est en cours. Et quand cela va décoller, ce sera comme une fusée.
Donc, parlant de mon parcours, j’ai commencé le slam en 2023, avec un concert live au Goethe-Institut Burkina Faso. Avant cela, j’ai participé à quelques compétitions. J’ai obtenu le premier prix du concours national de slam en live organisé par la RTB, j’ai été lauréat du championnat national de slam pour la sécurité routière en 2021. La même année, j’ai été vice-champion de la compétition nationale de slam-poésie.
En 2022, j’ai reçu la médaille d’argent pour mon texte sur la masculinité positive avec l’ONG UNFPA. J’ai été aussi distingué à la Semaine nationale des arts et de la culture des universités du Burkina (SENAC UB) en remportant la troisième place.
Mais j’ai finalement décidé de me concentrer sur mes performances. Et c’est en 2023, que je peux dire avoir normalement commencé une carrière. Dès le moment où j’ai pu tenir un concert en live tout seul accompagné d’une équipe de musiciens. Je me suis dit, tiens, voilà !
Je peux quand même être un artiste plein, parce qu’avant cela, on se disait slameur, mais pas artiste. Parce qu’il y a une différence entre le slameur et l’artiste slameur. Le slameur, fait des compétitions, il fait du slam, mais l’artiste slameur fait du slam une musique. Et c’est ce que j’ai commencé à faire à partir de 2023. J’ai un album qui est disponible sur toutes les plateformes de téléchargement. Vous tapez Tribal Kinab. C’est un album en collaboration avec “Cynthia La Fire Woman’’, financé par le Goethe-Institut. Un album de huit titres. On a fait du slam et du rap sur un fond tribal. Tribal qui se traduit par de la mélodie moderne et traditionnelle. Donc on l’a nommé Tribal Kinab. Et après cela, j’ai d’autres projets avec des jeunes artistes ici au Burkina Faso. On a réalisé aussi un clip sur la précédente édition du FESPACO en février 2025. Après cela, j’ai eu vraiment plusieurs prestations. Je remercie tous ces partenaires qui ont confiance en Maître LV, qui me contactent chaque fois pour leurs événements. Merci beaucoup, continuez de contacter le Maître. Cela nous permet de vivre et de vraiment développer notre art. Je ne peux pas citer le nom des partenaires parce qu’il y’en a tellement.
Quel est votre parcours scolaire ?
J’ai un BAC A, un BAC littéraire qui m’a donné aussi la facilité de m’exprimer et d’écrire des textes poétiques. Actuellement, j’ai une licence en sciences et techniques de l’information et de la communication, option communication d’entreprises et relations publiques obtenue à l’IPERMIC (l’Institut panafricain d’études et de recherche sur les médias, l’information et la communication). J’ai eu un petit 16 sur 20 à ma soutenance. Donc, avant cela, au lycée, j’étais déjà immergé dans la vie artistique. Je dis un grand merci à mon mentor, monsieur Deka Affy, depuis la Côte d’Ivoire, qui m’a donné les bases de la vie artistique. Parce que, depuis le lycée, je faisais le théâtre, la chorale, la poésie, la cuisine même. J’ai aussi fait le journalisme, la sculpture, la peinture.
Donc c’est de là qu’est parti cet esprit d’artiste. Après, on a essayé de concilier vie artistique et école, au niveau du Club culturel de Fresco, c’est comme cela qu’on l’appelait. Je suis arrivé au Burkina Faso après l’obtention de mon baccalauréat. J’ai commencé un peu en lettres modernes, mais j’ai finalement poursuivi en communication.
Quels sont vos projets ?
Pour cette année, j’ai déjà plein de projets qui sont en cours. J’ai des projets de voyage pour des performances artistiques. Également, si tout se passe bien, mon public aura droit à un concert live. J’ai aussi comme projet d’offrir à mon public un maxi ou un titre cette année pour leur permettre de respirer en slam, d’écouter du Maître LV chez eux. Parce qu’on me voit sur scène, mais il faut que je sois également présent sur leurs petits écrans de téléphone.
Est-ce que vous utilisez l’IA pour l’écriture de vos textes ?
J’ai écrit un texte sur « Le numérique et la jeunesse aujourd’hui ». C’était lors d’une prestation, je crois, à l’université Joseph Ki-Zerbo. J’ai aussi donné une performance à la CIL (Commission informatique et des libertés), où je parlais donc de toutes ces questions. Je n’utilise pas l’IA pour mes textes. Voilà, et c’est quelque chose de déplorable aujourd’hui. Il y a la jeunesse qui risque de se perdre, puisque l’IA est un outil. Et l’IA ne peut pas écrire nos textes, ou écrire nos mémoires, ou même nos discours.
C’est un outil qu’on peut consulter. Par exemple, quand je lis un texte, si c’est généré par une IA, je peux le savoir. S’il y a par exemple un artiste slameur qui vient pour une performance, s’il n’a pas écrit le texte lui-même et qu’il l’a écrit par IA, en l’écoutant, je peux le savoir. Parce que c’est robotisé.
Quand tu écris un texte par IA, ce n’est pas toi-même qui l’as écrit, donc tu ne peux pas vivre le texte comme si tu l’avais écrit toi-même

Le conseil que je donne à la jeunesse, c’est vraiment d’utiliser l’IA comme outil de recherche. Je consulte l’IA plutôt pour faire des recherches. Je donne un petit exemple. Si je veux écrire un texte sur la santé mentale et que je veux me documenter, je vais d’abord aller sur Google, je fais des recherches sur la santé mentale pour voir ce qui a été écrit sur le sujet. Google va me proposer plusieurs informations. Si je ne suis pas satisfait, je vais suivre des documentaires. Si je ne suis toujours pas satisfait, je peux aller sur l’intelligence artificielle. Il y a plusieurs types d’intelligence artificielle. Mais je prends l’exemple de ChatGPT, qui est beaucoup plus connu ici au Burkina Faso. Je lui demande de me lister les sites qui ont travaillé ou qui ont écrit sur la santé mentale. Et l’intelligence artificielle va me répertorier cela. Il va me faire une liste de sites qui ont déjà travaillé sur la santé mentale. Il me suffit maintenant de cliquer sur les liens pour lire les articles. Ce qui me permet de me documenter. Et quand j’écris sur la santé mentale, c’est un peu comme si c’était un professionnel qui s’exprime. Donc, voici une manière d’utiliser l’intelligence artificielle pour s’améliorer, pour se documenter, pour s’informer et non l’utiliser au détriment de son propre cerveau.
Quels conseils pouvez-vous donner à ceux qui veulent se lancer dans le slam ?
Pour tous ceux qui veulent se lancer dans le slam, si vous avez envie, lancez-vous ! Et si vous avez besoin de mentor, si vous avez besoin d’une personne pour vous accompagner, vous donner des conseils, je suis disponible et je réponds toujours au message. Donc lancez-vous et fixez-vous des objectifs. Est-ce que je viens dans le slam pour des compétitions ? C’est très bien aussi ! Est-ce que je viens dans le Slam pour améliorer ma capacité à m’exprimer ? Est-ce que je viens pour être artiste slameur ? Il est important de vous fixer un objectif avant de débuter. Ainsi, quand vous débutez, vous avez déjà votre vision et nous sommes là pour vous accompagner.
Alors Maître LV, comment peut-on vous joindre en cas de besoin ?
Pour me joindre, c’est très simple ! Vous pouvez me contacter directement. Vous composez l’indicatif +226 pour ceux qui sont à l’étranger, puis 54 93 88 08. Vous pourrez donc nous joindre via WhatsApp ou par appel. Consultez aussi mes pages, Maître LV sur Facebook, LinkedIn, X, TikTok.
Votre dernier mot ?
Il faut savoir que Maître LV a une vision pour le slam et c’est d’être le numéro un dans ce domaine et j’y travaille. Cette vision, c’est aussi de pouvoir mieux collaborer avec les ONG au Burkina Faso, les institutions et aussi à l’extérieur pour faire voyager la musique burkinabè. J’aimerais aussi mieux travailler avec les promoteurs d’événements ici au Burkina Faso afin d’exporter la musique burkinabè. Parce que les artistes burkinabè font du très bon boulot, qui a juste besoin d’être exporté.
Entretien réalisé par Clémentine Koama, Hamed Nanéma et Alexandre Kouraogo
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