Technicienne supérieure en tourisme et hôtellerie, ambassadrice de la culture burkinabè partout où elle le peut, Sylviane Ouédraogo fait de la culture un espace de rencontre, de transmission et d’émancipation. À travers Yelba, son restaurant devenu lieu culturel, et Wazemsé, une association enracinée dans son village natal de « Bologo », elle tisse depuis plus de vingt ans des passerelles entre art, tourisme, solidarité et dignité humaine.
Dans l’espace culturel de Sylviane Ouédraogo, les plantes dialoguent avec les œuvres artisanales et les couleurs des tissus racontent l’histoire de différentes communautés. C’est dans ce décor boisé que la professionnelle de l’hôtellerie accueille toujours avec le même sourire. Ici, chaque objet a une histoire et chaque évènement qui y est organisé cherche à toucher les cœurs. Rien n’est laissé au hasard par Sylviane Ouédraogo du haut de ses années d’expérience dans le monde culturel. Les œuvres d’art que l’on y trouve ne sont ni décoratives ni folkloriques à ses yeux, mais représentent une grande valeur humaine.
Technicienne supérieure en tourisme et hôtellerie de formation, Sylviane a très tôt compris que ce secteur pouvait être bien plus qu’un simple service économique.
Il pouvait devenir un outil de développement, un levier d’affirmation identitaire et un moyen de connecter les communautés. « Un restaurant, par exemple, c’est d’abord l’accueil et aussi petit soit-il, il est une vitrine du pays », explique-t-elle. Accueillir l’autre avec ses différences, ses cultures, ses sensibilités, parait banal mais important, selon elle. De cette conviction est donc né « Yelba », un lieu pour faire vivre la culture. « Yelba » signifie « soyez la bienvenue », en langue mooré. Un mot d’accueil et une philosophie que Sylviane a souhaité concrétiser au quotidien. À la base restaurant, l’espace s’est progressivement transformé en véritable carrefour culturel. Concerts live, soirées littéraires, vernissages, performances artistiques, c’est un lieu d’expression et de respiration pour les artistes comme pour le public.
Sylviane Ouédraogo lors d’une exposition au Canada
« Au départ, la culture était une passion, un attachement profond. Et puis, au fil du temps, c’est devenu un métier », confie Sylviane. Elle assume ce cheminement, fait de tâtonnements, d’essais, parfois d’échecs, mais toujours porté par la conviction que la culture peut nourrir autant l’âme que l’économie. Depuis plus de sept ans, Yelba organise également des journées culturelles dédiées aux différentes communautés du Burkina Faso. Sur trois jours, une ethnie est mise à l’honneur à travers ses tenues traditionnelles, ses objets artisanaux, sa gastronomie et ses troupes artistiques. Mossi, Peulh, Bobo, Gourmantché, Bissa, Gourounsi, Dafin, Yadsé… la liste est longue, à l’image de la diversité culturelle du pays. « C’est un lieu de transmission, de partage, de vivre-ensemble. Un espace où les artistes locaux gagnent en visibilité, où le public découvre ou redécouvre ses racines, et où les cultures dialoguent sans hiérarchie », résume-t-elle.
Porter la culture burkinabè au-delà des frontières
Sylviane ne se contente pas de promouvoir la culture sur le plan local. Elle a participé à de nombreuses expositions d’œuvres artistiques dans plusieurs pays, convaincue que montrer la richesse culturelle burkinabè au monde est une manière de lutter contre les clichés et de repositionner le pays sur la scène internationale. Pour elle, l’art est un langage universel, un outil de sensibilisation et de transformation sociale. « L’art fait partie de la vie. L’art, c’est nous. L’art, c’est tout le monde », affirme-t-elle.
Cette vision guide son engagement et nourrit sa volonté de créer des ponts entre les cultures. Sylviane Ouédraogo est aussi représentante locale de deux associations basées en France. « DSA Région Touraine », qui intervient à Ouahigouya dans le domaine de la prévention et des soins bucco-dentaires, et « Parrain Faso Enfants », une association d’Arras qui accompagne le parrainage d’enfants du primaire jusqu’à l’université. À travers ces engagements, son objectif est d’offrir aux femmes les moyens de leur autonomie et aux enfants les clés d’un avenir digne.
« Wazemsé », un engagement enraciné à Bologo
Dans son village natal, à Bologo, situé à une soixantaine de kilomètres de Ouagadougou, il y a plus de vingt ans, Sylvianne a fondé l’association Wazemsé, qui signifie en mooré : « Venons, on va apprendre ensemble dans la cohésion ». Née d’une volonté personnelle d’agir concrètement pour le développement rural, Wazemsé place les femmes et les enfants au cœur de son action. L’objectif est clair : autonomiser les femmes, soutenir l’éducation des enfants et améliorer les conditions de vie des communautés.
Sylviane au-delà des mots incarne la culture africaine. Elle est toujours parée de vêtements et de bijoux artisanaux
À travers l’association, Sylviane initie et accompagne plusieurs activités génératrices de revenus : saponification, fabrication du dolo, production de soumbala, élevage. Autant d’initiatives qui valorisent les savoir-faire locaux et renforcent l’organisation collective. Sur le plan éducatif, elle porte personnellement la création d’une bibliothèque rurale à l’école publique de Bologo Tanghin. Un espace pensé comme un lieu d’apprentissage, de lecture et d’ouverture, pour donner aux enfants le goût du savoir et soutenir leur réussite scolaire. Grâce au soutien d’amis belges, Wazemsé a également permis la réalisation de forages, améliorant durablement l’accès à l’eau potable. À cela s’ajoutent des actions de parrainage d’enfants, la distribution de kits scolaires, de vêtements et de vivres au profit des familles les plus vulnérables.
Dans un secteur de promotion culturel et hôtelier encore largement masculin, Sylviane assume sa place. Le constat est qu’il n’y a pas beaucoup de femmes promotrices culturelles au Burkina Faso. Pourtant, elle est convaincue que les femmes ont toute leur légitimité dans ce métier. « La femme est sensible, éducatrice, rassembleuse. Elle tisse des liens ». Pour elle, dépasser les pesanteurs socioculturelles est une nécessité. Le métier de promotion culturelle n’a pas de genre. Il demande de la rigueur, de l’organisation, du travail et du soutien. « En tant que femme, il faut parfois travailler deux fois plus comme dans toute activité, mais c’est possible. »
Face aux difficultés que traverse le secteur du tourisme, Sylviane s’aligne sur la vision actuelle des autorités à travers la promotion du tourisme local. Valoriser la consommation locale, être fiers de ce que nous avons : autant de pistes pour renforcer la résilience du secteur. La culture, selon elle, est un atout majeur pour y parvenir. Aux jeunes artistes, elle demande de croire en eux, de travailler, de se former et d’écouter les aînés afin d’apprendre sans cesse. « Le travail, le travail, le travail », martèle-t-elle. Car, dit-elle, l’art, au-delà de l’émotion qu’il suscite, a besoin de discipline et de responsabilité.
Farida Thiombiano
Lefaso.net
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