Artiste comédien, metteur en scène et éclairagiste, Vincent Bazié revient dans un entretien qu’il nous a accordé mardi 17 février 2026, sur l’adaptation de PUKRI, inspirée du texte « Et si les armes devenaient des fleurs » de Paul P. Zoungrana. Une décennie après les événements de 2015 au Burkina Faso, la création portée par la compagnie Lumière de l’Art est à l’affiche jusqu’au samedi 21 février 2026.
Lefaso.net : Vous allez vous présenter à nos lecteurs !
Vincent Bazié : Je suis artiste-comédien, metteur en scène, éclairagiste. J’ai commencé le théâtre avec un feu, Somé Félix Gaéttan, et dans la troupe Éclat de Sosaf. Et nous avons eu un parcours assez enrichissant. À la dernière compétition de la Semaine nationale de la Culture, nous avons pris le premier prix en 2010 et dans mon parcours, j’ai eu aussi à faire des productions au niveau du Burkina, dans d’autres pays africains et à l’extérieur, notamment en Belgique, en France, en Suisse.
PUKRI est adapté du texte « Et si les armes devenaient des fleurs » de Paul P. Zoungrana. Qu’est-ce qui vous a donné envie de porter ce texte à la scène aujourd’hui ?
Ce texte, quand nous l’avons découvert en 2015, c’était juste après le putsch manqué de septembre. Et l’auteur avait envie en tout cas de raconter ce qui s’est passé. Et nous, quand on a découvert ce texte, je crois qu’à son temps, chacun voulait monter ce recueil de poèmes. Donc dix années après, j’avoue que personnellement, je n’ai pas porté le projet.
La directrice de la compagnie Lumière des Arts, Valérie Sonia Nacoulma, est à l’origine du projet. C’est elle qui a approché l’auteur du recueil de poèmes pour lui proposer de travailler sur le texte. Ensuite, elle m’a sollicité pour réaliser l’adaptation. Comme il s’agissait au départ d’un recueil de poèmes, il fallait effectuer un véritable travail de transposition, du poème au théâtre. J’ai donc pris le temps de faire cette adaptation avant d’entamer les répétitions avec les comédiennes et le musicien. On l’a monté en novembre passé avec le soutien financier du Bureau burkinabè du droit d’auteur. Donc c’est une grosse coproduction.
Le spectacle repose beaucoup sur des personnages féminins. Pourquoi ce choix ?
Comme je l’ai dit, celle qui a eu l’initiative du projet est une femme. Donc, elle a cherché à mettre en lumière aussi ces femmes qui sont restées à nos côtés, ces femmes qui ont participé activement à la lutte pour la libération du pays en 2015. C’est la voix des femmes qu’on essaye de porter sur scène ici.
C’est un très beau casting. Trois comédiennes sont sur scène, toutes dotées d’un talent remarquable. Elles sont accompagnées par un musicien. Ensemble, ils offrent un spectacle harmonieux et intense. C’est véritablement un régal pour le public.
Lors d’une adaptation comme celle-ci, l’auteur du recueil de poèmes a-t-il un droit de regard sur la manière dont l’histoire est racontée ?
Si l’auteur est présent et impliqué dans le projet, il peut naturellement avoir un droit de regard sur l’adaptation. Il peut être associé au processus ou être consulté pour valider la version adaptée. Certains auteurs demandent à lire le texte avant sa mise en scène.
En revanche, lorsque l’auteur n’est plus en vie, ou lorsque l’œuvre est entrée dans le domaine public, il n’est pas nécessaire de demander une autorisation particulière.
À quel type de public s’adresse ce spectacle ?
Ce spectacle est destiné à tout public. L’histoire de 2015 est une réalité que les enfants, les jeunes, les adultes et les personnes âgées ont vécue.
La pièce invoque également avec force l’acte du pardon. Or, il n’y a pas d’âge pour demander pardon, ni pour aller vers l’apaisement des cœurs. C’est un message universel.
Depuis le 13 février, sentez-vous un engouement du public ?
Oui, nous avons bénéficié d’un public très chaleureux depuis le 13. Les 13 et 14, la salle était pleine. Cela montre que le spectacle suscite un réel intérêt et attire du monde. C’est très encourageant pour la suite. Les prochaines représentations sont prévues mercredi, jeudi, vendredi et samedi, jusqu’au 21.
Une tournée est envisagée, mais pour le moment, aucune représentation n’est programmée hors de Ouagadougou. Le spectacle est encore dans un processus de diffusion. Nous souhaitons d’abord le présenter dans toutes les salles de Ouagadougou, avant de l’ouvrir progressivement à l’intérieur du pays, puis à l’international.
Qu’espérez-vous que le spectateur ressente ou emporte avec lui après la représentation ?
D’abord, qu’il se sente bien. Aller au théâtre est un acte de divertissement, mais aussi une expérience vivante. Le théâtre est un art vivant qui nous amène à nous questionner, à repenser nos habitudes et à changer de comportement.
Il agit comme un miroir. Chacun peut se reconnaître et s’interroger sur ses actes quotidiens. Est-ce que ce que je fais vaut la peine ? Est-ce que je mets l’humain au centre de mes actions ?

C’est l’humain que nous cherchons à développer. Le théâtre a une fonction éducative et sensibilisatrice essentielle.
Pensez-vous que le théâtre peut encore provoquer des prises de conscience aujourd’hui ?
Oui, absolument. Le théâtre est un outil puissant, notamment dans son action sociale. Nous développons des thèmes qui amènent l’individu à se questionner et à évoluer.
Parfois, une personne traverse une période difficile, sans parvenir à se retrouver. Le théâtre peut être un déclic, un moment de recentrage, une opportunité d’adopter de meilleurs comportements.
Lorsqu’une personne évolue positivement, c’est toute la communauté qui en bénéficie. Et lorsque la communauté se porte bien, c’est le pays qui triomphe.
Est-ce que le théâtre burkinabè se porte bien ?
Le théâtre burkinabè se porte bien, notamment grâce à la qualité de ses œuvres et à sa renommée à l’extérieur.
Lors de nos tournées internationales, les salles sont toujours pleines lorsque des troupes burkinabè se produisent. Le public vient parce qu’il connaît et reconnaît la qualité de notre théâtre.
Cependant, nous déplorons un manque d’accompagnement financier. Même si l’on ne peut pas dire que la situation était forcément meilleure auparavant, il est clair que le secteur a besoin d’un soutien accru pour se développer davantage.
Pourquoi faut-il absolument venir voir PIKRI en février 2026 au CITO ?
PUKRI est une histoire vraie. Les événements de 2015 n’ont pas été inventés. La pièce nous ramène vers un passé que nous avons vécu, un passé riche en leçons. Venir voir ce spectacle, c’est revivre cette période, réfléchir à notre capacité de transformation et avancer vers l’apaisement. Nous sommes dans une dynamique de réconciliation à travers cette création.
Un dernier message au public ?
Venez au théâtre. Venez rire avec nous. Venez débattre. Venez vivre des instants magiques.
Merci beaucoup.
Entretien réalisé par Fredo Bassolé
Lefaso.net
Lire l’article original ici.

