Dans les rues de Tougan, un nom circule sur les lèvres des scolaires et des jeunes : Scara. De son vrai nom Keita Ousmane, ce jeune artiste né en 2001 est devenu, en l’espace de quelques années, la figure de proue de la musique moderne dans sa ville natale. Nous l’avons rencontré en début février 2026, lors de la troisième édition du festival Toa Yaka, où il a une fois de plus confirmé son statut de « chouchou » du public local.Â
L’aventure de Scara commence autour de 2019. À l’époque, le constat du jeune homme est que la musique qu’il entend autour de lui ne correspond pas aux attentes de sa génération.
Les jeunes de Tougan se tournent vers des artistes étrangers pour trouver des sonorités modernes. Plutôt que de rester simple spectateur, Scara décide de prendre le micro pour proposer un rap actuel, proche des réalités de ses pairs.

Son pseudonyme, emprunté à un personnage pour sa performance, reflète son ambition. Il veut être efficace et impacter son auditoire. A ses débuts il enregistrait ses textes sur son téléphone. Une fois son premier cycle achevé, il donne un nouvel élan à son parcours en s’établissant à Bobo-Dioulasso, une transition stratégique qui lui permet d’initier sa carrière en studio professionnel.
C’est là qu’il enregistre son premier titre, «Ma fo wa?», sous l’aile du producteur Saïd Prod. Bien que modeste en termes de vues sur internet, ce morceau lui permet de se faire un nom et de valider son style. Cette ascension est confirmée par les acteurs culturels du terrain.
Le succès de Scara ne doit rien au hasard selon les observateurs de la scène culturelle du Sourou. Pour Issouf Djibo, acteur culturel, l’artiste a su trouver l’équilibre parfait . « Ce que le public apprécie, c’est le message qu’il véhicule et cette connexion qu’il crée avec ses fans.
Il arrive à concilier le style moderne et le message de motivation pour la cohésion sociale et le vivre-ensemble. C’est ce qui fait de lui un acteur incontournable que tous les promoteurs veulent programmer », explique-t-il.


Issouf Djibo souligne également la disponibilité de l’artiste pour la promotion de la culture de sa localité, le Sourou. Ce constat est partagé par Assimi Drabo, promoteur du festival Toa Yaka Assimi Drabo. « SCARA fait actuellement partie des artistes de la nouvelle génération les plus influents et appréciés du Sourou.
Ce qui m’impressionne chez lui, c’est que sur scène il arrive à créer une parfaite symbiose avec son public qui maîtrise bien les paroles de ses chansons. Il a une fan base assez solide composée majoritairement de jeunes engagés pour sa cause. Pour Tougan, nous croyons que c’est une valeur sûre qui peut valablement compétir sur la scène nationale et internationale », a-t-il exprimé.


Si Scara adopte les codes du rap moderne et des rythmes dansants, il refuse l’étiquette de la facilité. Pour lui, sa musique est un outil de sensibilisation. Ses textes s’adressent particulièrement aux jeunes qui pourraient être tentés par la dérive. Il y prône la réussite pour honorer les sacrifices des parents. « Le message que je mets le plus en avant, c’est de donner la motivation aux jeunes de se battre », confie-t-il.


Malgré son succès à Tougan et la sortie de son EP L’Envol en 2023, Scara reste un artiste indépendant. En 2026, désormais basé principalement à Ouagadougou, il gère lui-même sa carrière. Pour financer ses studios et ses clips, il multiplie les activités rémunératrices, refusant de dépendre d’un système de production souvent saturé ou fermé.


Le parcours de Scara est jalonné de dates clés qui témoignent de sa montée en puissance. Tout a commencé par un premier contact majeur le 02 janvier 2020, suivi d’une confirmation de son talent le 15 octobre 2022. Cependant, le moment le plus mémorable de son parcours reste son concert du 30 mai 2025. Ce jour-là , Scara a fait vibrer la salle polyvalente de Tougan lors de sa prestation.
Pour Souleymane Sankara, journaliste, maître de cérémonie et observateur privilégié de la scène culturelle du Sourou, le succès de Scara est avant tout le fruit d’une influence positive sur son environnement. Il souligne que l’artiste a réussi à imposer son propre style, un mélange de rap souvent mixé, qui est devenu une véritable source d’inspiration pour la jeunesse locale.


« C’est un style qu’il est en train d’imposer à la jeunesse de Tougan », explique Souleymane Sankara. Il note que cette influence est telle que de nombreux jeunes ont tendance à imiter le rythme et le style de l’artiste, créant ainsi une nouvelle dynamique musicale dans la province.
Selon lui, Scara a ouvert la voie à d’autres talents qui s’inscrivent dans cette même lignée tout en explorant leurs propres thématiques. Pour ce fin observateur, il ne fait aucun doute que Scara impacte positivement la jeunesse du Sourou par sa créativité et son authenticité.
Aujourd’hui, les ambitions de Scara ne s’arrêtent pas aux frontières de sa province. Il rêve de collaborations avec des géants de la musique burkinabè comme Floby ou Smarty, afin de mêler les rythmes traditionnels au rap moderne. Son objectif ultime est de porter les couleurs du Burkina Faso sur la scène internationale et faire de la culture un levier de respect pour son pays.
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Akim KY
Burkina 24
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