9:46 am - 4 mars, 2026

L’audience sur le dossier « Yaké Camille Yé et autres » (ou suite de l’affaire Amidou Tiégnan) s’est poursuivie ce jeudi 26 février 2026 devant le Tribunal de grande instance Ouaga I. Durant la journée, le Tribunal a braqué les projecteurs sur des biens du prévenu Yaké Camille Yé, suivi de ses commentaires et de confrontations avec les témoins Amidou Tiégnan et Salifou Ouédraogo.

Après s’être, jusque-là, expliqué sur la charge de détournement de deniers publics, le prévenu Yaké Camille Yé a été rappelé à la barre ce jeudi pour se prononcer sur les infractions d’enrichissement illicite et blanchiment de capitaux qui lui sont également reprochées, et qu’il rejette également. L’audience a donc consisté pour le Tribunal et les parties, à mettre en parallèle les investissements du prévenu et ses sources de revenus. On y retient qu’outre les prêts contractés, M. Yé est également consultant indépendant et dispense des cours. Il dit percevoir également des sommes provenant d’une auberge située à Boromo et d’une villa mise en location à Bagassi. Il a produit des documents relatifs à son patrimoine, pour justifier que ce qu’il a investi provient de Fonds propres.

« Au sujet de l’enrichissement illicite, c’est notamment concernant le chèque 8 000 000 FCFA et le chèque de 2 000 000 FCFA qui ont servi à la rétribution des membres du groupe de travail d’élaboration du rapport (des activités ultérieurement débattues et remises en cause : Ndlr). Concernant le blanchiment de capitaux, l’acquisition de mes biens repose exclusivement sur mes prêts bancaires, mes revenus locatifs et mes consultations, et non sur des deniers publics », a-t-il soutenu, rejetant les infractions d’enrichissement illicite et blanchiment de capitaux qui lui sont reprochées.

Le prévenu a produit des pièces de contrats d’entreprises, dans lesquelles il dit être consultant. « Mes premières consultations datent de 2014, où j’étais consultant individuel (il y a le contrat). Après cela, lorsque je suis approché pour une prestation individuelle et que je n’ai pas de cabinet, je sous-traite avec un cabinet, qui prend une partie des charges et moi, à la fin, je prends mes honoraires », a présenté M. Yé, précisant avoir pour spécialité, la gestion du patrimoine non financier.

Scrutant les sources de revenus, le Tribunal et les parties se sont attardés sur ses prêts et une auberge à Boromo. Des contradictions et zones d’ombre présentées au prévenu, qui a tenté de se justifier ou à donner des explications sur certains points. A l’image de la forme juridique de son entreprise (auberge) à Boromo, sur laquelle il a fini par confier au Tribunal qu’il ne maîtrise pas les arcanes en la matière. Cependant est-il resté constant qu’il reçoit 2 à 3 millions par mois comme frais de location de cette auberge à Boromo (quand bien même il a par la suite reconnu être le propriétaire tandis que, selon le Tribunal, une sortie du juge d’instruction sur place fait état de ce qu’il s’agit d’une co-propriété). Selon M. Yé, les recettes mensuelles de l’auberge sont de 9 000 000 FCFA au minimum à environ 15 millions au maximum. « Des cahiers de recettes existent et peuvent être consultées », réfère-t-il, ajoutant que la villa de Bagassi lui rapporte 600 000 F par mois.

Mais, quels sont ces investissements en question ?

Pour convaincre le Tribunal, le ministère public a projeté un élément-vidéo réalisé sur des investissements du prévenu : une auberge à Boromo ; une ferme d’environ 2, 5 hectares dans laquelle on compte des bœufs et des porcs de race, des forage et magasin ; un véhicule Fortuner ; une auberge en construction à Borgo. Parmi tous ces biens, qui ont fait l’objet de saisie pénale, focus est fait sur cette auberge en construction à Borgo (quartier périphérique Est de Ouagadougou). L’investissement sur ce terrain, estimé à 130 000 000 FCFA par le prévenu lui-même, a éveillé des soupçons.

« Lorsque le procès contre Tiégnan Amidou était en cours, nous avons, de par nos unités de police judiciaire, reçu l’information par rapport à un chantier qui était en cours dans la zone de Borgo. Au regard donc des informations que nous avons reçues, nous avons pensé qu’effectivement, les réalisations qui étaient faites à ce niveau pourraient appartenir à l’une des personnes qui étaient poursuivies lors du procès Tiégnan et autres. C’est après donc ces vérifications que nous avons également eu l’information que ces réalisations-là appartenaient à Yé Yaké Camille qui n’était pas poursuivi à l’époque », a campé le procureur, précisant que c’est suite à l’arrêt brutal des travaux sur le site, que le Parquet a eu l’information par rapport au chantier.


Selon M. Yé, les investissements de construction sur l’auberge située à Borgo ont commencé en 2022. A la question du parquet de savoir jusqu’à quand se sont poursuivis les travaux, le prévenu indique qu’en 2023, 2024.

« Voilà, je peux même vous donner des précisions par rapport à cela, ça s’est arrêté en 2024, lorsque le procès Tiégnan a commencé », a brandi le procureur. Ce qu’a acquiescé M. Yé.

« C’est en catimini vous avez fait arrêter le chantier », enchaîne le procureur.

« Je ne réponds pas ainsi, puisque j’ai montré les sources où je prête et j’ai montré également que cette infrastructure est exclusivement financée par les bénéfices tirés des recettes de l’auberge », présente Yaké Camille Yé.

« M. Yé, pendant la procédure contre M. Tiégnan et autres, vous étiez en chantier avec de gros investissements sur ce terrain, on peut le prouver », démontre le procureur, précisant que même la somme de 130 000 000 FCFA avancée par M. Yé est minorée.

« La situation ne me permet pas ; avec l’instruction dont je fais l’objet, je n’ai pas voulu entreprendre quelque chose, parce que je fais l’objet d’instruction. Si je fais quelque chose, on peut confondre cela avec le dossier en cours, voilà pourquoi », a fait comprendre le prévenu.

Le procureur : « Je suppose que les 300 000 000 FCFA de chiffres d’affaires que vous avez réalisés permettent de le faire ; si vous estimez que ce sont des revenus licites, propres, pourquoi arrêtez-vous le chantier ? ».

M. Yé : « La situation ne me permet pas d’entreprendre le chantier, puisque je fais l’objet d’instruction ».

Sur ces entrefaites, le Tribunal fait appel aux témoins Amidou Tiégnan et Salifou Ouédraogo.

Tribunal : « M. Tiégnan, vous avez fait savoir que vous tiriez les chèques et partagez à trois (Yaké Camille Yé, Salifou Ouédraogo et Amidou Tiégnan : Ndlr). Qui de vous gagnait le plus ? »

A cette question, Amidou Tiégnan estime que Yaké Camille Yé gagnait plus, car étant le chef. Aussi, précise-t-il, le partage se faisait d’abord entre M. Yé et M. Ouédraogo, et lui venait en troisième position. « Maintenant, je ne sais pas combien il donnait à Salifou », avoue Amidou Tiégnan.


M. Tiégnan déclare aussi que les surfacturations étaient « tellement beaucoup » qu’il ne saurait avancer de chiffres. Mais face aux questions du Parquet, M. Tiégnan va révéler que le plus gros montant qu’il a reçu des partages, c’est 3 à 4 millions (lorsque le montant du chèque était de 20 millions). Le plus petit montant encaissé est de 500 000 F, dit-il.

Lorsque le Parquet lui communique la valeur supposée de l’investissement de M. Yé à Borgo (130 millions, valeur communiquée par le prévenu), Amidou Tiégnan s’exclame en affirmant que c’est peu par rapport à ce qu’il a gagné dans les “deals”. Aussi, M. Yé avait plusieurs entrées, dont au niveau des fournisseurs, a poursuivi Amidou Tiégnan.

Tout comme M. Tiégnan, le témoin Salifou Ouédraogo a soutenu à son tour que les facturations étaient fréquentes, même s’il n’a pu non plus donner de chiffres. Selon ses explications, dans les majorations, le DGF Yaké Camille Yé faisait savoir également qu’il y a des dépenses auxquelles il devait faire face au niveau du cabinet du ministre, lesquelles dépenses ne sont pas éligibles dans les lignes budgétaires.

Toujours selon Salifou Ouédraogo, le partage se faisait à trois, mais sans la présence physique de Amidou Tiégnan. La part de ce dernier était remise à M. Yé pour remettre à l’intéressé. Mais, relève M. Ouédraogo, les parts de Amidou Tiégnan ne lui parvenaient pas à tout moment. Et lorsque M. Tiégnan se rendait compte qu’un partage s’était fait sans sa part, il partait voir Salifou Ouédraogo. A deux donc, ils signaient un chèque, qu’ils touchaient et se partageaient, à l’insu de Yaké Camille Yé (c’est l’explication qu’avait également, et précédemment, fournie Amidou Tiégnan lui-même).

Pour son avocat, toutes ces déclarations chargeant Yaké Camille Yé ne sont que de la délation, car aucune preuve ne les sous-tend. « Donc, il n’y a pas eu partage », a opposé l’avocat.

L’audience reprend ce vendredi 27 février 2026 à partir de 10h.

O.L.

Lefaso.net

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