Partis politiques et formations politiques se conjuguent désormais au passé au Burkina Faso. C’est, du moins, ce que l’on est tenté de dire, suivant la décision du Conseil des ministres en sa séance du jeudi 29 janvier dernier. L’exécutif a, en effet, acté la dissolution des partis et formations politiques, marquant une nouvelle page dans l’histoire politique nationale. Plus de deux ans après la suspension de leurs activités, l’Etat a choisi d’aller au bout d’un processus en remettant à plat le système afin de se projeter vers un avenir encore plus réaliste, axé sur les enjeux du moment. La question fait actuellement l’objet de diverses analyses allant des plus pertinentes au plus saugrenues, au regard de son importance dans la trajectoire institutionnelle dans laquelle le pays s’est lancé, depuis quelques années.
Sur le fond, la réalité est que le multipartisme intégral, tel qu’il a été pratiqué il y a belle lurette, bien qu’ayant à son actif des aspects positifs, a aussi montré des limites indubitables qui ont impacté le développement structurel du pays dans de nombreux secteurs de gouvernance. En 2022, le répertoire de suivi des partis et formations politiques enregistrait 209 partis et 12 formations politiques. Cela a fait que le climat social s’était mué en un champ politique qui manquait souvent de lisibilité et déconnectée des préoccupations et des réalités quotidiennes des Burkinabè.
Faible ancrage territorial réel, absence d’idéologie claire, personnalisation excessive du pouvoir politique, incapacité à mobiliser durablement les citoyens, sont, selon certains politologues, autant de maux qui ont contribué, à la corrosion progressive de la confiance entre la population de la classe politique. Quand bien même les partis politiques ont, d’une manière ou d’une autre, contribué à l’animation de la scène nationale dans la dynamique démocratique, ils ont été par moments, pointés du doigt sur leur réel impact dans la cohésion nationale, dans la gabegie financière, le népotisme, le clientélisme dans la gouvernance, le régionalisme exacerbé et l’instrumentalisation au détriment de l’unité nationale et de la paix sociale. C’est pourquoi, il faut inscrire cette dissolution dans le sens holistique de refondation en cours de l’Etat et de réforme profonde de la gouvernance politique, si chère à la Révolution populaire et progressiste.
En abrogeant simultanément la charte des partis, la loi sur leur financement et le statut de l’opposition, les autorités entendent rompre ainsi avec un cadre juridique jugé inadapté, largement hérité de modèles exogènes, peu en phase avec les réalités socioculturelles et historiques du Burkina Faso. Bien plus, cette mesure courageuse pourrait permettre de mieux organiser la vie politique, en évitant surtout la dispersion et la multiplication de partis sans réelle assise populaire. En effet, ce n’est pas exagéré de le dire, la fragmentation excessive de l’espace politique, les rivalités internes, les logiques clientélistes et la difficulté à construire des projets nationaux cohérents ont, à plusieurs reprises, fragilisé la confiance citoyenne et alimenté un sentiment de lassitude.
Beaucoup de Burkinabè ont pu percevoir les partis comme des instruments de conquête personnelle plutôt que d’autres considérations. Cela dit, il s’agit de faire émerger dorénavant des formations plus solides, capables de porter des visions claires et de répondre aux attentes des populations. C’est donc un nouveau contrat politique fondé sur la confiance, la responsabilité et la souveraineté assumée qui se profile pour une reconstruction efficiente du pays, profitable à tous.
Soumaïla BONKOUNGOU
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