5:23 pm - 4 mars, 2026

Après la mort tragique de l’élève Oumou Koulsoum, percutée sur la RN4 à hauteur du Haut-Commissariat du Ganzourgou, son professeur d’Histoire-Geographie, Augustin Zoungrana, brise le silence. À travers ce témoignage bouleversant, parvenu à notre rédaction, ce mercredi 4 février 2026, il appelle les autorités à agir sans délai en installant un feu tricolore et en aménageant le goudron vers le stade de Zorgho, afin de sauver la vie des élèves.

Tragédie d’une étoile !

Ouédraogo Oumou Koulsoum, élève en classe de 4ème 3 au lycée municipal Naba Koulga de Zorgho, nourrissait l’espoir d’embrasser le métier de médecin afin de servir la nation au bonheur des Burkinabè, mais la grande faucheuse en a décidé autrement.

Élève disciplinée, studieuse et très joviale, Oumou a toujours été première de sa classe avec des moyennes souvent supérieures à 18,50/20.

Ce lundi 02 février 2026, comme à l’accoutumée, la petite Oumou, sur sa bicyclette, s’était rendue au lycée pour ses cours du jour.

De retour des cours après 17 h, juste au niveau de la route RN4, face au service du Haut-Commissariat de la province du Ganzourgou, les VADS donnent l’autorisation aux élèves de traverser ladite route en prenant le soin de soulever les panneaux pour marquer l’arrêt sur la route nationale 4. Malheureusement, un mini-bus communément appelé « Dina », chargé de marchandises diverses, fonce malgré l’arrêt indiqué par les agents VADS et percute la jeune fille Oumou, qui se retrouve sous les roues dudit véhicule.

Les premières personnes présentes constatent l’horreur et cherchent des pagnes pour couvrir les blessures béantes de la victime du jour. Le chauffard, qui avait pris la poudre d’escampette, est très vite rattrapé par des jeunes qui prennent le soin de le confier à la police ainsi que son véhicule.

De passage à l’endroit de l’accident, je vois un attroupement de personnes. Je freine et, à peine descendu de la moto, je vois la jeune Oumou lucide, incapable de faire le moindre geste. Je me mets à genoux pour voir si elle peut parler. Oumou saisit ma main et me demande : « Monsieur, est-ce que je vais vivre ? »

De manière inconsciente, je réponds par l’affirmative et je tente de la maintenir éveillée en lui demandant sans cesse de ne pas fermer les yeux. Du même coup, chacun tente de joindre l’ambulancier afin de transporter l’infortunée vers le CMA. Je sors mon téléphone avec l’autre main et je contacte mon censeur, en la personne de monsieur Compaoré, qui vient immédiatement sur le lieu de l’accident, suivi par le proviseur et des collègues.

Une fois l’ambulance présente, la jeune Oumou, qui ne lâche pas ma main, me demande de la sauver. Je suis intrigué, mais je monte dans l’ambulance avec son frère Adama et j’essaie de la rassurer qu’elle va s’en sortir, tout en la suppliant de ne pas fermer les yeux.

Nous arrivons aux urgences du CMA de Zorgho et là, nous sommes reçus par l’infirmier du jour, monsieur Sawadogo, et quelques minutes après par le Dr Sankara, le docteur Balima, l’infirmier Nougtara et le chirurgien Ollé.

L’équipe ainsi constituée, place aux ordonnances et aux soins à la victime. Je fus stupéfait de voir une équipe médicale très enthousiaste, très professionnelle, qui ne cherche qu’à sauver la victime du jour. J’ai vu des médecins très engagés, très volontaires, courir pour chercher des gants, des compresses. J’ai vu des infirmiers courir pour récupérer des examens, des poches de sang.

J’ai vu une équipe résiliente travailler en toute symbiose pour le bien de l’infortunée.

L’équipe médicale tente par tous les moyens de contenir l’hémorragie afin d’effectuer un éventuel transfert vers le CHU Yalgado Ouédraogo à Ouagadougou, à 110 km de Zorgho, pour une meilleure prise en charge.

Oumou, toujours éveillée, s’exprime pour la dernière fois : « Je veux travailler plus à l’école pour réussir et aider la mère. »

Juste après ces propos, la situation devient complexe. Oumou convulse mais lutte pour survivre. L’équipe médicale me demande de sortir, son pronostic vital serait donc engagé. Le docteur Sankara accourt vers la bouteille à gaz installée dans l’ambulance pour certainement la réanimation.

Je reste hors de la salle, à côté de la porte, tout en demandant au bon Dieu d’agir, de faire un miracle. Quelques minutes plus tard, le docteur Sankara ouvre la porte et me fait appel. Je rentre dans la salle, j’ai le corps glacé. L’équipe médicale est dévastée et je constate que Oumou, mon élève, l’étoile du lycée, vient de nous quitter pour l’au-delà.

Au dehors, nous avions plus d’une trentaine de personnes. Les visages sont rivés sur ma personne. Je vais vers une personne plus âgée et sage, en la personne de monsieur Kaboré Jacques, ancien maire de la commune de Zorgho, à qui je donne l’information. Ce grand monsieur trouve alors la formule idéale pour informer le monde face aux services d’urgence du CMA. La mère de la victime et sa tante sont totalement inconsolables. Les autorités administratives (directeur provincial, le proviseur, le censeur, le conseiller principal d’éducation) sont dévastées.

Sortis de la salle, des collègues et moi nous rendons à la morgue pour prendre le brancard afin de transporter la dépouille.

La petite Oumou, l’étoile du lycée, nous a quittés à jamais. Elle est inhumée ce 03 février 2026 dans son village natal de Tingsobdogo à Zorgho.

Au revoir Oumou, au revoir l’étoile. Que la terre libre du Burkina te soit légère, que Dieu réconforte ta famille et tes amis.

Tu as lutté sans verser une goutte de larme. Tu es mon héroïne.

Repose en paix.

Ton professeur d’histoire-géographie

Monsieur Zoungrana Augustin

Lire l’article original ici.

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