Ouvert à la session judiciaire du Pôle économique et financier (ECO-FI) le vendredi 23 janvier 2026, le procès relatif à l’exploitation de maisons de tolérance à Ouagadougou s’est achevé par de lourdes condamnations. Vingt-et-un prévenus, poursuivis pour proxénétisme et traite des personnes, ont comparu devant le Tribunal de grande instance Ouaga I. Les débats ont révélé l’existence de réseaux organisés exploitant des jeunes femmes, dont des mineures, souvent étrangères. À l’issue des débats, le tribunal a prononcé des peines d’emprisonnement ferme, des amendes substantielles, ordonné des expulsions ainsi que la fermeture définitive de plusieurs sites de prostitution, dont le tristement célèbre « Allatikouma ». C’était ce mercredi 4 février 2026.
Parmi les affaires inscrites au rôle figurait celle opposant le ministère public à Tasséré Ouédraogo et vingt autres prévenus. Ces derniers étaient poursuivis pour des faits de proxénétisme et de traite des personnes, en lien avec l’exploitation de sites de prostitution à Ouagadougou. L’audience qui s’est poursuivie le lundi 26 janvier 2026 a donné lieu à des débats approfondis et parfois éprouvants.
Au cours des échanges, le substitut du procureur du Faso près le Tribunal de grande instance Ouaga I, Noé Dofini Dakio, a tenu à clarifier la portée juridique des infractions reprochées, rappelant à cet effet que les poursuites visaient principalement ceux qui organisent, facilitent ou tirent profit de l’activité de prostitution, notamment les propriétaires et gestionnaires des lieux concernés.
S’agissant spécifiquement de la traite des personnes, le parquet a expliqué que les faits se caractérisaient par l’existence de réseaux structurés. Ceux-ci recrutaient, transportaient et hébergeaient de jeunes filles, souvent de nationalité étrangère, avant de les exploiter. Ces victimes auraient été attirées par de fausses promesses d’emplois décents, notamment dans le secteur de la restauration, a rappelé M. Dakio.
À la barre, les prévenus ont adopté des attitudes contrastées. Certains ont reconnu les faits sans réserve, tandis que d’autres ont partiellement admis leur responsabilité ou nié catégoriquement ce qu’on leur reprochait. Des gérants d’auberges et de débits de boisson ont détaillé le fonctionnement interne de leurs établissements, évoquant les tarifs appliqués et les revenus générés.
Le ministère public a confronté ces déclarations aux éléments recueillis lors de l’enquête préliminaire. Les incohérences relevées ont nourri les débats et renforcé les soupçons pesant sur plusieurs prévenus. L’audience a également été marquée par des témoignages mettant en lumière l’ancienneté et l’ampleur du phénomène dans certains quartiers de la ville de Ouagadougou.
Un voisin des sites incriminés, entendu en qualité de victime, a indiqué que la prostitution se serait installée dans son quartier depuis 2004, à la faveur de la création d’une chambre de passe. Il a dénoncé au cours de ce procès les nuisances subies par les riverains, évoquant des menaces récurrentes et la circulation de stupéfiants dans la zone.
Plusieurs jeunes femmes âgées de 19 à 26 ans, de nationalité étrangère en grande majorité, qui se livraient à la prostitution à Ouagadougou, ont également été entendues. Leurs témoignages ont apporté des éclairages aux zones d’ombre du Tribunal, notamment sur leurs conditions de vie, mais aussi sur les contraintes auxquelles elles étaient soumises. Des révélations ont suscité une vive réaction du parquet.
Dans une intervention empreinte de fermeté, le ministère public a rappelé que le Burkina Faso ne saurait tolérer des pratiques attentatoires à la dignité humaine. Il a dénoncé toute tentative de transformer le territoire national en un espace de non-droit ou de déversement de réseaux criminels, exploitant la vulnérabilité humaine à des fins lucratives.
Rappelons que les débats ont mis en exergue le rôle central du site notoirement connu sous l’appellation « Allatikouma ». Sur ce site, plus de 200 prostituées auraient été recensées, dont une vingtaine de mineures. Selon les éléments du dossier, plusieurs d’entre elles étaient contraintes de se prostituer et de verser quotidiennement 3 000 francs CFA au gérant du site.
À l’issue des audiences, le tribunal a suspendu les débats pour délibérer et le verdict a finalement été prononcé ce mercredi 4 février 2026. Deux prévenus ont été relaxés des faits de traite des personnes pour infraction non constituée ; neuf autres ont bénéficié d’un renvoi des fins de la poursuite au bénéfice du doute. Par ailleurs, plusieurs condamnations ont été prononcées à l’encontre des principaux responsables.
Ainsi, Tasséré Ouédraogo, propriétaire du site « Allatikouma », et Germain Dakouré ont chacun été condamnés à cinq ans d’emprisonnement, dont trois ans fermes, le tout assorti d’une amende ferme de dix millions de francs CFA. Adama Yonaba a écopé de deux ans d’emprisonnement ferme et d’une amende ferme d’un million de francs CFA.
Joël Juliet et Isaac Opeyemi ont été condamnés chacun à cinq ans d’emprisonnement, dont trois ans fermes, avec une amende ferme de cinq millions de francs CFA. Pour des faits de proxénétisme, Sidpawalamdé Paul Auguste Zoungrana, Soumaïla Ouédraogo et Michael Eva ont chacun écopé de six mois d’emprisonnement ferme et d’un million de francs CFA d’amende.
Wendpagnade Frédéric Ouédraogo a, lui, été condamné à un an d’emprisonnement, dont six mois fermes, avec une amende d’un million de francs CFA assortie du sursis. Abdoulaye Diallo, Maxime Ouédraogo et Wamnongo Francis Sawadogo ont, quant à eux, été condamnés chacun à six mois d’emprisonnement et à une amende de 500 000 francs CFA, le tout assorti de sursis.
Notons que le tribunal a également ordonné l’expulsion du territoire national de certains condamnés, ainsi que la confiscation de sommes saisies au profit du Trésor public, pour un montant total de 4 347 875 francs CFA et 22 000 nairas. Une restitution partielle de biens a été accordée aux ayants droit légitimes.
La juridiction a, pour finir, ordonné la fermeture définitive de plusieurs sites de prostitution, dont « Allatikouma », « Germain Zinga », « Petit Ouaga », « Soutong-noma », « Sougri-noma », ainsi qu’un autre site exploité individuellement. Les condamnés disposent d’un délai légal de dix jours pour faire appel de la décision rendue par le TGI.
Une synthèse d’Erwan Compaoré
Lefaso.net
Source : page Facebook du ministère de la Justice
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