Takemichi Kobayashi, Représentant résident de la JICA au Burkina Faso (à droite), remettant une attestation de participation
L’approche Smallholder Horticulture Empowerment and Promotion (SHEP) repose sur le principe de produire en fonction de la demande du marché et non l’inverse. Après 3 ans de mise en œuvre, le ministère en charge de l’Agriculture, avec l’appui de l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA), a dressé le 26 février 2026 le bilan au Burkina Faso. Réunis autour des services techniques, des partenaires et des acteurs de terrain, les participants ont passé en revue les acquis du projet PF2PAS et esquissé les perspectives d’extension de cette démarche centrée sur la production orientée vers le marché.
Organisé sous forme d’atelier-bilan, le cadre d’échanges visait à partager les résultats enregistrés, identifier les défis persistants et formuler des recommandations pour consolider la dynamique engagée. Dans son intervention, Takemichi Kobayashi, Représentant résident de la JICA au Burkina Faso, s’est dit satisfait des résultats obtenus. Il a salué l’engagement des équipes techniques nationales et des producteurs, estimant que l’approche a démontré sa pertinence dans le contexte burkinabè, marqué par des défis de productivité, d’écoulement et de sécurisation des revenus agricoles.
Pour Prosper Zemba, directeur général des productions végétales, l’approche fondée sur le « produit pour le marché » constitue aujourd’hui un outil stratégique de modernisation de l’agriculture. Selon lui, elle contribue à professionnaliser les producteurs, à améliorer la qualité des productions et à accroître durablement les revenus des exploitations familiales.
Il a rappelé que la mise en œuvre du projet PF2PAS sur la période 2023-2026 s’inscrit dans les orientations nationales en matière d’intensification durable des systèmes de production, de promotion de l’entrepreneuriat agricole, de renforcement de la sécurité alimentaire et nutritionnelle et de création d’emplois. Les résultats présentés au cours de l’atelier traduisent, selon ses mots, des avancées significatives.
Plus de 300 groupes SHEP ont été constitués à travers les zones d’intervention, regroupant plus de 9 000 producteurs
Des résultats chiffrés et structurants
Au titre des acquis, 391 agents d’appui-conseil ont été formés sur les modules essentiels à la mise à l’échelle de l’approche. De son côté, Daouda Zongo, directeur de la vulgarisation et de la recherche-développement et président du comité technique de suivi du programme de formation pays pour la promotion de l’approche SHEP, avance un chiffre global de 426 agents ayant bénéficié de sessions de renforcement de capacités. Au-delà de la formation des encadreurs, l’un des marqueurs forts du programme réside dans la structuration des producteurs. Plus de 300 groupes SHEP ont été constitués à travers les zones d’intervention, regroupant plus de 9 000 producteurs, hommes et femmes, aujourd’hui actifs sur le terrain. Dans le seul secteur maraîcher, 326 groupes orientés vers le marché ont été constitués et suivis. L’approche a également connu une évolution notable avec son extension aux productions animales. Des modules ont été actualisés et adaptés à la pisciculture et à l’aviculture. Des outils techniques, notamment des boîtes à images, ont été élaborés, et 30 agents des ressources animales ont été formés pour accompagner cette diversification.
Ces éléments témoignent d’un élargissement progressif du champ d’application de la démarche, initialement centrée sur l’horticulture. Ils traduisent aussi une volonté d’ancrer l’approche dans une logique de chaîne de valeur, intégrant la production, la transformation et l’accès au marché.
Produire pour vendre, et non l’inverse
Au cœur de la philosophie SHEP se trouve un changement de posture. « Le producteur doit produire pour vendre et non produire et vendre », insiste Daouda Zongo. Autrement dit, l’identification préalable des débouchés, l’analyse des besoins du marché et la recherche de profit deviennent des étapes structurantes de l’acte de production. Dans un contexte où les produits maraîchers sont périssables et où les périodes de surproduction entraînent souvent des méventes et des pertes importantes, cette approche vise à sécuriser les revenus. Elle outille les producteurs pour qu’ils choisissent quoi produire, en quelle quantité et à quel moment, en fonction de la demande réelle. Implémentée d’abord dans la région du Centre-Nord, l’approche s’est progressivement étendue à d’autres régions, notamment le Nord et les Hauts-Bassins. La mise à l’échelle, aujourd’hui engagée, ambitionne de toucher un nombre croissant de producteurs tout en maintenant la qualité de l’accompagnement.
Malgré les résultats jugés encourageants, plusieurs défis demeurent. Prosper Zemba a évoqué la nécessité de consolider la mise à l’échelle, de renforcer les mécanismes d’accès au marché et de systématiser la capitalisation des bonnes pratiques issues du terrain. L’effectivité des recommandations formulées à l’issue de l’atelier est apparue comme un enjeu central. Leur application devrait permettre de pérenniser les acquis et de jeter les bases de nouveaux projets structurants, en cohérence avec les priorités nationales de développement agricole. Parmi les pistes évoquées figure l’intégration des modules SHEP dans les curricula des écoles et centres de formation agricole. Des échanges sont déjà en cours afin d’inscrire durablement cette approche dans le dispositif national de formation, garantissant ainsi la diffusion des principes auprès des futures générations d’encadreurs et d’entrepreneurs agricoles.
Au terme des travaux, un consensus s’est dégagé sur la pertinence de l’approche SHEP comme instrument de transformation des chaînes de valeur agricoles. En recentrant l’acte de production sur la logique de marché et de rentabilité, elle ambitionne d’autonomiser les petits producteurs et de renforcer leur résilience économique.
Lire l’article original ici.
