L’Assemblée législative de transition a tenu, ce vendredi 6 février 2026, une séance plénière consacrée aux mesures de contrôle, d’analyse et de régulation des serviettes hygiéniques importées, afin de garantir leur innocuité pour la santé des femmes et des jeunes filles.
Interpellé par la députée Assita Bénédicte Françoise Romaine Bailou à travers une question orale avec débat, le gouvernement a été appelé à faire la lumière sur les mécanismes de contrôle, les normes applicables et les actions concrètes mises en œuvre pour protéger les utilisatrices face aux risques sanitaires liés à certaines protections hygiéniques, notamment celles importées.
L’honorable Assita Bénédicte Françoise Romaine Bailou a rappelé le caractère universel et sensible de la problématique. Selon elle, les femmes et les jeunes filles sont concernées sur une longue période de leur vie, parfois dès l’âge de 9 ans jusqu’à 50 ans, soit près de 45 années d’exposition à l’usage des serviettes hygiéniques.
« C’est une question qui nous concerne toutes et tous, parce qu’une jeune fille peut commencer à avoir ses règles très tôt et certaines femmes les ont jusqu’à un âge avancé. Cela représente environ 45 ans de menstruations », a-t-elle souligné.
La députée a justifié son interpellation par les nombreuses alertes relayées ces derniers mois, tant au niveau sous-régional qu’international. Des controverses ont notamment émergé au Sénégal, au Cameroun, au Kenya, mais aussi au Burkina Faso, où des témoignages de femmes sur les réseaux sociaux font état de démangeaisons, d’irritations et d’autres désagréments de santé après l’utilisation de certaines serviettes hygiéniques à usage unique importées. « Des femmes se plaignent aujourd’hui de beaucoup de problèmes de santé après l’usage de certaines serviettes hygiéniques importées. C’est une réalité qu’on ne peut pas ignorer », a-t-elle insisté.
« La question de l’hygiène menstruelle n’est pas un tabou », Assita Bénédicte Françoise Romaine Bailou, députée à l’ALT
Pour Assita Bénédicte Françoise Romaine Bailou, il était impératif de « démystifier » la question de l’hygiène menstruelle, qui relève selon elle de la dignité humaine et de la santé publique. « La question de l’hygiène menstruelle n’est pas un tabou. Elle concerne tout le monde. Les filles sont les premières concernées, mais les hommes aussi le sont », a-t-elle déclaré, estimant que « le Parlement est le meilleur cadre pour poser cette problématique » et interpeller les ministères sectoriels concernés.
Le gouvernement met en avant un dispositif juridique et institutionnel existant
Le ministre de l’industrie, du commerce et de l’artisanat, Serge Gnaniodem Poda, a rassuré la représentation nationale sur l’existence d’un arsenal juridique et institutionnel encadrant l’importation, la commercialisation et l’utilisation des serviettes hygiéniques au Burkina Faso.
Selon le ministre, plusieurs textes régissent la mise sur le marché de ces produits, notamment les lois sur les importations, la concurrence et la protection du consommateur, ainsi que les textes relatifs aux dispositifs médicaux.
« Au niveau du gouvernement, il existe des instruments juridiques, mais aussi des structures institutionnelles, aussi bien au département en charge du commerce qu’à celui de la santé, dont la mission est de garantir la qualité et les normes de tous les produits », a expliqué Serge Gnaniodem Poda.
Il a également rappelé l’existence de la norme nationale ARS 1575, qui encadre la production des serviettes hygiéniques réutilisables, tout en annonçant l’élaboration d’une norme spécifique pour les serviettes importées. « Nous avons déjà une norme nationale pour les serviettes hygiéniques réutilisables et nous sommes en train de travailler pour arrêter une norme concernant les serviettes hygiéniques importées », a-t-il précisé.
Le ministre Serge Gnaniodem Poda, lors de son intervention à l’ALT, a rassuré sur les contrôles à l’importation, sur le marché et en laboratoire des serviettes hygiéniques

Sur le plan institutionnel, le contrôle est assuré de manière concertée par les départements en charge du commerce, de la santé et des finances, à travers des structures telles que l’Agence burkinabè de normalisation, de la métrologie et de la qualité (ABNORM), la Brigade mobile de contrôle économique et de la répression des fraudes (BMCRF), l’Agence nationale de régulation pharmaceutique (ANRP) et l’Agence nationale pour la sécurité sanitaire de l’environnement, des aliments, du travail et des produits de santé (ANSSEAT).
Des contrôles à l’importation, sur le marché et en laboratoire
Le ministre en charge du commerce a précisé que les serviettes hygiéniques importées sont soumises à des contrôles documentaires et physiques dès leur entrée sur le territoire national. Ces contrôles se poursuivent sur le marché, au niveau des circuits de distribution. « Il y a des contrôles à l’importation, des contrôles sur le marché, mais aussi des prélèvements réguliers qui sont faits pour des analyses en laboratoire », a-t-il détaillé.
Ces analyses visent à vérifier la conformité des produits aux normes sanitaires et à détecter toute substance susceptible de nuire à la santé des utilisatrices. « Lorsque des produits sont jugés non conformes ou dangereux, des mesures conservatoires sont immédiatement prises », a assuré le ministre.
Il a révélé qu’au cours de l’année 2025, plusieurs marques ont été retirées des rayons de distribution. « Nous avons donné des exemples de marques qui ont été retirées du marché, avec des quantités qui ont été séquestrées et incinérées au cours de l’année 2025 », a-t-il indiqué.
Sanctions et appel à la vigilance des consommateurs
En cas de non-conformité avérée, des mesures fermes sont appliquées, allant de la saisie et du retrait des produits à leur destruction, assorties de sanctions administratives et de poursuites judiciaires. « Si des irrégularités sont constatées, nous prenons toutes les mesures prévues par la loi, y compris les sanctions et les poursuites judiciaires », a martelé Serge Gnaniodem Poda.
Il a également insisté sur le rôle clé des consommateurs dans ce dispositif de veille. « Les consommateurs, en cas de constat douteux, doivent nous transmettre rapidement les informations, notamment les lieux de vente, afin que les services de l’État puissent intervenir », a-t-il appelé.
« C’est une veille permanente, un travail continu », a-t-il conclu, assurant que l’ensemble du gouvernement reste mobilisé sur cette question sensible de santé publique.
Au-delà des contrôles, le gouvernement entend renforcer la promotion de la production nationale de serviettes hygiéniques conformes. Le ministre en charge du commerce a évoqué des mesures incitatives destinées à soutenir les initiatives locales. « Nous allons renforcer ce travail et encourager la production locale de serviettes hygiéniques sûres, notamment les serviettes lavables », a-t-il annoncé.
le gouvernement rassure la représentation nationale sur l’existence d’un dispositif juridique et institutionnel encadrant la qualité des serviettes hygiéniques au Burkina Faso

Cette orientation vise à réduire la dépendance vis-à -vis des importations, tout en garantissant aux femmes et aux jeunes filles l’accès à des produits de qualité, respectueux de leur santé et de leur dignité.
Une satisfaction prudente du côté de la députée interpellatrice
À l’issue des échanges, l’honorable Assita Bénédicte Françoise Romaine Bailou s’est dite globalement satisfaite des réponses apportées par le gouvernement. « Nous sommes globalement satisfaits, parce que beaucoup de choses sont en train d’être faites, même s’il reste des aspects à améliorer », a-t-elle reconnu.
Elle a notamment insisté sur la nécessité de renforcer davantage les contrôles et l’encouragement de la production nationale. Pour la députée, cette séance plénière marque une étape importante dans la prise en charge d’une problématique longtemps reléguée au second plan, mais qui touche directement la santé, la dignité et le bien-être de millions de femmes et de jeunes filles au Burkina Faso.
À travers cette séance plénière, l’Assemblée législative de transition a ainsi mis en lumière un enjeu majeur de santé publique, de protection des consommateurs et de dignité des femmes, tout en appelant à une vigilance constante et à un renforcement continu des dispositifs existants.
Anita Mireille Zongo
Lefaso.net
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