L’Observatoire national du foncier au Burkina Faso (ONEF-BF), avec l’appui financier du Royaume de Belgique, a procédé à la remise officielle de 100 Attestations de possession foncière rurale (APFR) au profit de producteurs et productrices, ainsi qu’à des groupes vulnérables. La cérémonie a été présidée par le secrétaire général de la province du Sandbondtenga, Pasnewindè Ouédraogo, représentant le haut-commissaire. Organisée en présence des chefs coutumiers, du secrétaire exécutif de l’Observatoire national du foncier (ONEF-BF), Issifou Ganou, et du chef du projet du Portefeuille thématique climat Sahel-volet Burkina Faso (PTCS-BFA), l’évènement s’est voulu à la fois solennel et porteur d’espoir pour les bénéficiaires.
Plus de 60 % des conflits communautaires recensés sur l’ensemble du territoire national sont des conflits liés au foncier. Ce chiffre émane de l’Observatoire national de prévention et de gestion des conflits communautaires. Face à ce constat, l’Agence belge de coopération internationale (Enabel) s’est engagée à apporter son soutien à la résolution et à la prévention du fléau. Pour elle, la sécurisation foncière constitue un levier stratégique pour renforcer la résilience des communautés face aux changements climatiques.
C’est ainsi que le projet du Portefeuille thématique climat Sahel-volet Burkina Faso (PTCS-BFA) place la gestion durable des terres et l’accès sécurisé, inclusif et équitable au foncier au cœur de son action. Le chef du PTCS-BFA, Inoussa Sankara, a souligné que ce projet, financé par le Royaume de Belgique, est mis en œuvre par Enabel dans un contexte sahélien marqué par la pression climatique et la fragilité sécuritaire.
« Nous sommes très heureux de bénéficier aujourd’hui des attestations de possession foncière rurale qui constituent un gage de sécurité pour les portions de terre que chacun d’entre nous occupe », Naaba Koanga
Monsieur Sankara a rappelé que la terre demeure à la fois base de production et facteur de cohésion sociale, mais aussi source potentielle de tensions lorsque les droits ne sont pas clairement établis. La remise de 100 Attestations de possession foncière rurale (APFR) aux producteurs et productrices de Pibaoré illustre ainsi, souligne-t-il, l’aboutissement d’un travail méthodique et rigoureux mené depuis plus d’un an, en droite ligne des objectifs du projet et des initiatives de l’État pour éradiquer le mal.
Une initiative qui s’inscrit dans le cadre du projet de Soutien à la décentralisation foncière, à la prévention et à la gestion des conflits (SDF-PGC), mis en œuvre par l’Observatoire national du foncier dans treize communes issues des régions des Koulsé, du Nakambé et d’Oubri. Cet accompagnement a permis de renforcer les commissions foncières villageoises, d’améliorer les outils de délimitation participative, de vulgariser les textes légaux et de prendre en charge les coûts liés à l’établissement des APFR, dans le strict respect des procédures prévues par la législation burkinabè. Pour Inoussa Sankara, ces documents ne sont pas de simples papiers administratifs : ils constituent une reconnaissance officielle des droits des bénéficiaires, un gage de sécurité pour leurs familles et un encouragement à investir durablement dans la terre. Il a enfin réaffirmé l’engagement du PTCS-BFA à poursuivre ses efforts aux côtés des autorités nationales et locales pour bâtir un foncier apaisé, sécurisé et porteur d’opportunités pour tous dans la région des Koulsé.
« En sécurisant les droits de plus de 100 ménages aujourd’hui, le PTCS-BFA renforce la résilience des ménages face aux aléas climatiques, protège les droits fonciers des femmes et des jeunes », Inoussa Sankara, chef du projet PTCS-BFA
Il ajoute que ledit projet favorise aussi l’investissement productif et l’amélioration des rendements, en consolidant la paix sociale et la confiance dans les institutions locales.
Dans son discours, le secrétaire général de la province du Sandbondtenga, Pasnewindè Ouédraogo, a rappelé l’importance de la terre dans l’organisation sociale, économique et culturelle des communautés rurales. « La terre demeure au cœur de notre organisation sociale, économique et culturelle. Elle constitue le principal moyen de subsistance de nos populations rurales », a-t-il souligné.
Monsieur Ouédraogo a relevé que si la terre nourrit, elle peut aussi diviser lorsque les droits ne sont pas clairement établis. D’où l’importance des réformes engagées par l’État burkinabè, notamment la loi 034-2009 portant régime foncier rural et la Réorganisation agraire et foncière (RAF) de 2025. Ces textes, explique-t-il, visent à consolider la sécurisation des droits fonciers, clarifier les procédures, renforcer le rôle des collectivités territoriales et promouvoir une gestion équitable et durable des terres.
Pour le secrétaire général de la province du Sandbondtenga, la remise des APFR s’inscrit pleinement dans l’esprit de ces réformes, celui de rapprocher l’administration des citoyens et de garantir une reconnaissance formelle des droits légitimes des exploitants.
« Ces attestations constituent un droit de jouissance permanente pour les bénéficiaires, il leur appartient s’ils le souhaitent, d’entamer les démarches pour obtenir le titre foncier qui leur procure le droit de propriété », Issifou Ganou, secrétaire exécutif de l’ONF-BF
Un partenariat au service des communautés
Fruit d’un partenariat soutenu, le représentant du haut-commissaire a exprimé sa gratitude au représentant d’Enabel pour l’engagement de son organisation aux côtés du gouvernement burkinabè, particulièrement dans la région des Koulsé.
Depuis 2019 en effet, Enabel accompagne l’État dans la recherche de solutions durables à l’accès à la terre pour les populations vulnérables. C’est ainsi qu’en 2025, l’organisation a financé notamment le projet « Soutien à la décentralisation foncière, à la prévention et la gestion des conflits autour de l’utilisation des terres et des ressources naturelles » (SDF-PGC), mis en œuvre dans la région par l’Observatoire national du foncier. Grâce à cet appui financier et technique, l’ONEF-BF a contribué à la délivrance de documents de sécurisation foncière, dont les APFR et les droits d’usage.
Un levier de paix et de cohésion sociale
Dans une province comme le Sandbondtenga, où les enjeux fonciers peuvent être sensibles, la sécurisation des droits constitue un facteur déterminant de stabilité. « Cette action revêt une importance particulière dans la mesure où la sécurisation foncière contribue à la paix, à la cohésion sociale et à la protection des personnes vulnérables », a insisté Pasnewindè Ouédraogo.
Démarré en 2021 avec un financement estimé à environ 7,543 milliards de francs CFA, le PTCS-BFA d’une durée de 5 ans devrait s’achever fin 2026
Les commissions foncières villageoises, les services techniques déconcentrés, les autorités coutumières et la commune de Pibaoré ont été salués pour leur engagement collectif, illustrant l’importance de leur collaboration pour une gouvernance foncière inclusive, associant l’État et les structures locales.
Plus qu’un document, une garantie d’avenir
Aux bénéficiaires, il leur a été rappelé que les attestations reçues ne sont pas de simples formalités administratives. Elles constituent une reconnaissance officielle des droits fonciers, offrant aux producteurs et productrices la sécurité nécessaire pour investir davantage, améliorer leur production et transmettre leurs terres aux générations futures dans le respect des textes en vigueur.
Dans un contexte où l’accès sécurisé à la terre conditionne la productivité agricole, l’accès au crédit et la résilience économique des ménages ruraux, ces 100 APFR incarnent une promesse de stabilité et de prospérité.
Vers un foncier sécurisé et inclusif
En réaffirmant son engagement à soutenir toute initiative en faveur d’une gouvernance foncière transparente, inclusive et porteuse de développement, le secrétaire général de la province a formulé le vœu que cette cérémonie marque « une étape décisive vers un foncier sécurisé, facteur de paix et de prospérité ».
À Pibaoré, la remise de ces 100 attestations sonne ainsi comme un signal fort : celui d’un territoire qui choisit la sécurisation des droits, la prévention des conflits et la valorisation durable de ses terres au service de ses populations.
Hamed Nanéma
Lefaso.net
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