La chirurgie laparoscopique est une chirurgie qui permet de réaliser des interventions abdominales, avec une petite ouverture de l’abdomen. Elle permet au chirurgien, à travers une petite incision, d’introduire une caméra dans l’abdomen et, grâce aux images retransmises sur un écran, de procéder à l’intervention. Ce type de chirurgie présente beaucoup d’avantages pour le patient, mais reste cependant peu pratiquée au Burkina Faso. Dans cette interview, Pr Gilbert Bonkoungou, maître de conférences agrégé en chirurgie générale, spécialiste en chirurgie laparoscopique, thoracique et vasculaire, nous parle des avantages de la chirurgie laparoscopique et de l’état de sa pratique au Burkina Faso.
Lefaso.net : Dans quels cas de pathologies peut-on pratiquer la chirurgie laparoscopique ?
Pr Gilbert Bonkoungou : Il faut savoir que la chirurgie laparoscopique est une approche qui existe depuis les années 1987 avec une chirurgie limitée à la vésicule biliaire. Puis progressivement, la plupart des interventions concernant presque tous les organes ont été développées. De nos jours, que ce soit le rectum, que ce soit le colon, l’intestin grêle, la vésicule biliaire, le foie et même le pancréas, peuvent bénéficier de ce type d’intervention chirurgicale. Donc, ça s’adresse à la plupart des interventions de chirurgie abdominale classique.
Toutes les interventions concernant tous les organes peuvent bénéficier de ce type d’approche.
La chirurgie laparoscopique se situe dans un domaine plus grand qui est la chirurgie mini-invasive. De nos jours, toutes les spécialités bénéficient donc de cette approche mini-invasive parce qu’elle permet de réaliser les interventions chirurgicales avec de petites incisions. Ce qui fait que dans certains centres spécialisés, on peut même enlever la glande thyroïde avec une petite incision. On parle donc en ce moment de vidéo-chirurgie. Cette vidéo-chirurgie peut être aussi faite au niveau du thorax. Elle permet de faire des interventions thoraciques et même d’enlever une partie du poumon, voire tout un poumon, avec des petites incisions. C’est pareil pour l’urologie et pour la chirurgie pédiatrique. Les neurochirurgiens aussi bénéficient de cette approche mini-invasive.
Parlant de la chirurgie laparoscopique, quels sont ses avantages pour le patient ?
Les avantages par rapport à la chirurgie classique sont nombreux. Tout d’abord, il y a la diminution du séjour hospitalier. Lorsqu’on fait une intervention en ouvrant grandement le ventre, en règle générale, le patient va rester au minimum 3, voire 4 jours et parfois un peu plus. Lorsqu’on fait la chirurgie mini-invasive avec des petites incisions, le patient rentre chez lui le lendemain ou le surlendemain de l’opération.
Le deuxième avantage concerne la gestion de la douleur. Quand vous prenez des interventions où on ouvre grandement le ventre, c’est naturellement plus douloureux que lorsque l’ouverture est limitée à des petits points. Donc, ça fait moins mal. Et comme ça fait moins mal et que le patient retourne à la maison rapidement, cela signifie qu’il va pouvoir reprendre ses activités professionnelles assez rapidement.
L’autre avantage, c’est qu’il y a moins de complications de cette chirurgie laparoscopique par rapport à l’intervention ouverte. Pour ne citer que quelques complications, vous avez ce que nous appelons les éventrations. Quand on ouvre grandement le ventre, puisqu’il faut suturer, il arrive que la suture à l’intérieur lâche alors que la peau tient. En ce moment, le patient est cicatrisé, mais il se rend compte que les organes poussent à travers la peau. Ça s’appelle l’éventration. Dans la chirurgie laparoscopique, le risque d’éventration est vraiment minime, sinon quasiment inexistant.
D’autre part, il y a ce que nous appelons parfois les brides. En fait, ce sont les accolements entre les intestins, entre les organes intra-abdominaux qui sont favorisés par les interventions ouvertes. Puisqu’on va utiliser des compresses, on va utiliser les mains dans le ventre, ça favorise donc les adhérences, alors que dans la chirurgie laparoscopique, le chirurgien ne met pas la main dans le ventre, il ne met quasiment pas de compresses dans le ventre, donc cela évite en fait les accolements entre les intestins. Voilà quelques avantages procurés par la chirurgie laparoscopique.
Est-ce qu’il existe des risques ou des inconvénients à ce type de chirurgie ?
Je pense qu’il faut surtout insister sur les avantages. Il n’y a pas d’opération chirurgicale avec zéro risque. Mais il faut savoir que plus on pratique la chirurgie laparoscopique, et moins il y a de risques.
Est-ce que la pratique de la chirurgie laparoscopique est assez répandue au Burkina ?
Il faut rappeler que nous avons commencé cette chirurgie laparoscopique en 2005, et en ce moment nous n’étions que deux à la pratiquer.
Mais progressivement, les confrères, que ce soit les gynécologues ou les chirurgiens viscéraux, se sont progressivement formés, ce qui fait qu’il y a plus d’une vingtaine de chirurgiens et de gynécologues qui pratiquent ce type d’intervention chirurgicale à l’heure actuelle, de façon régulière. Vous avez beaucoup de centres de santé, qu’il s’agisse du public ou du privé, qui pratiquent cette intervention chirurgicale, mais jusqu’à présent, ce n’est pas une technique qui est bien diffusée dans tous les centres. Nous avons mis en place une société savante qui s’appelle la Société burkinabè de chirurgie endoscopique dont l’objectif, entre autres, c’est de permettre une meilleure diffusion de cette technique.
L’État burkinabè, à travers le ministère de la Santé, a pu acheter plusieurs colonnes d’endoscopie. Il me semble que c’est une bonne quinzaine de colonnes d’endoscopie qui ont été achetées et qui vont être données au niveau des CHU et des CHR.
Cela va permettre une meilleure diffusion de cette technique. Et notre société est là pour accompagner la diffusion de cette technique au niveau des CHR pour être encore plus proche des patients. Ainsi, le patient ne sera pas obligé de venir dans les grandes villes pour pouvoir bénéficier de ce type d’intervention chirurgicale.
Au regard des nombreux avantages que ce type de chirurgie présente, qu’est-ce qui explique le fait que, jusqu’à présent, la diffusion ne soit pas à un niveau assez important ?
Je crois qu’il y a plusieurs causes qui peuvent expliquer la faible diffusion de cette technique. D’abord, il faut savoir qu’au départ, beaucoup de chirurgiens étaient un peu hésitants parce que c’était une technique tout à fait nouvelle, mais qui a fait ses preuves ailleurs. Chez nous, comme je l’ai dit tantôt, ça fait presque 20 ans que nous pratiquons ce type d’intervention chirurgicale. Donc, cela a permis quand même à ceux qui étaient hésitants de comprendre que c’est une technique qu’il faut s’approprier. Donc, ça c’est le premier point.
Deuxième point, c’est la nécessité de formation. En effet, pour pratiquer cette intervention, il faut être formé, et il faut être aussi coaché. Il faut avoir un mentor qui va vous épauler, qui va vous aider pour les premiers pas.
Et enfin, il faut avoir l’équipement. Donc, tous ces éléments font que la diffusion était quand même timide au départ, mais de plus en plus, les chirurgiens se sont formés. La preuve, il existe au Burkina le diplôme universitaire de chirurgie laparoscopique à l’université et qui permet de former régulièrement les chirurgiens. Chaque année, il y a environ une vingtaine, voire une trentaine de jeunes chirurgiens qui s’inscrivent pour pouvoir maîtriser cette technique. Donc, de plus en plus, je crois que les chirurgiens sont intéressés par cette technique. Ce qui fait que d’ici quelques années, on aura encore plus de personnes suffisamment formées pour mener ce type d’intervention comme il le faut.
Mais est-ce que déjà dans les régions, la chirurgie laparoscopique est pratiquée avec le renforcement des capacités des chirurgiens ?
En dehors des grandes villes comme Ouagadougou et Bobo-Dioulasso où la technique est quand même suffisamment implantée, au niveau des régions, comme je l’ai dit, il y a quelques chirurgiens qui ont été formés, mais malheureusement, ils n’ont pas encore l’équipement pour pouvoir exercer. Et je crois que, grâce à l’effort du ministère de la Santé d’équiper ces centres en colonnes de cœlioscopie, et je l’ai dit tantôt aussi, nous allons pouvoir les accompagner pour implémenter cette technique et faire en sorte que ça soit le quotidien de leurs exercices dans ces régions.
Parce qu’il y a un certain nombre d’interventions qui devraient être pratiquées par voie laparoscopique. Pour regarder les trompes d’une femme, on n’a plus besoin d’aller ouvrir grandement. Pour enlever, traiter une grossesse extra-utérine, on n’a plus besoin d’aller ouvrir grandement le ventre d’une femme. L’intervention se fait en une heure et le problème est réglé, et dès le lendemain, la personne rentre à la maison, et au bout d’une semaine elle va pouvoir reprendre son activité. Pour traiter un kyste de l’ovaire, on n’a plus besoin d’aller ouvrir le ventre, comme on le fait pour une césarienne. Et nous encourageons les gynécologues et les chirurgiens à s’approprier cette technique parce que c’est l’actualité. Ce n’est pas une technique futuriste, c’est vraiment l’actualité, et tout le monde devrait s’y mettre.
Et quand on parle un peu de coût, est-ce que ce type de chirurgie-là est assez accessible au grand nombre ?
Au regard des avantages, le coût est vite éclipsé. Quand vous considérez la diminution des douleurs, le fait que le patient va rentrer rapidement chez lui, la reprise rapide des activités professionnelles, vous vous rendez compte que lorsqu’on compare les deux types d’intervention, c’est-à -dire l’opération ouverte et l’opération laparoscopique, la différence n’est pas énorme en termes de coût.
Comment se déroule la formation des chirurgiens qui désirent se spécialiser dans la chirurgie laparoscopique ?
La formation chirurgicale, telle qu’elle est faite partout dans le monde, et même chez nous, à travers le diplôme universitaire de laparoscopie, comprend deux volets. Il y a d’abord un volet théorique. Et ce volet théorique-là , on va apprendre aux jeunes chirurgiens ou aux chirurgiens en formation comment travailler avec les instruments sans toucher, sans utiliser, sans que la main soit au contact de l’organe. Je veux dire, on va apprendre à ce jeune chirurgien la vision en deux dimensions et la notion de profondeur.
Mais à côté de cette formation théorique, il y a une formation pratique. Cette formation pratique-là commence déjà avec du matériel que nous appelons un « Pelvi Trainer ». C’est une espèce de boîte où le chirurgien va apprendre à se familiariser avec l’équipement, avec la caméra, avec la télé, la notion de profondeur.
Il va apprendre à faire des petites sutures, à faire des petits gestes. Ça, on n’est pas encore chez l’homme. Il est prévu aussi un travail sur l’animal, notamment le porc, dont l’anatomie est très proche de celle de l’homme. Il y a quelques séances de porc qui sont prévues avant de commencer les interventions chirurgicales sur l’homme proprement dit. Et au cours de ces interventions chirurgicales, ils ne sont pas laissés à eux-mêmes. Donc, on les encadre. D’abord, au cours de la formation, ils vont participer à des interventions chirurgicales avec les chirurgiens séniors. Mais au-delà de ça, lorsqu’ils vont commencer leurs premiers pas, nous allons également les encadrer et les appuyer pendant un certain temps, afin qu’ils soient autonomes, avant qu’on ne puisse les laisser continuer. Mais à chaque nouvelle procédure, les chirurgiens séniors sont là et les apprenants peuvent toujours leur faire appel pour qu’ils puissent les aider. Donc, voilà comment l’encadrement est fait. Elle est théorique et pratique. Et c’est tout ça qui va permettre aux chirurgiens d’être aguerris pour pouvoir mener à bien ces interventions.
Un dernier mot ?
Une invite à la population. Je pense que beaucoup de personnes sont hésitantes quand on leur parle de chirurgie laparoscopique. Ils ont peur parce que c’est une approche qu’ils ne connaissent pas. De temps en temps, ils vont regarder un peu sur Internet, ils ont des bribes d’informations, mais parfois, ils sont paniqués. Je pense qu’il faut savoir que ceux qui proposent ce type d’intervention sont des spécialistes qui ont une formation assez solide, tant théorique que pratique. Et si cette approche est proposée par un chirurgien, c’est que, naturellement, la personne maîtrise la technique et qu’il y a énormément d’avantages.
Il faut donc avoir confiance aux chirurgiens du pays parce que beaucoup ont été formés dans de grandes écoles. Il faut aussi rappeler qu’il y en a qui préfèrent aller se soigner à l’extérieur, ils n’ont pas confiance au plateau technique. Ils peuvent être rassurés, c’est parce qu’on a le plateau technique qu’on veut faire ce type d’intervention chirurgicale.
Nous avons des plateaux techniques qui sont relevés. Et je crois que ceux qui décident d’aller se faire opérer à l’extérieur ne connaissent pas les compétences réelles des spécialistes qui vont les opérer.
Au Burkina, la plupart des plateaux techniques des structures de santé sont d’un très bon niveau, que ce soit au plan anesthésique, que ce soit au plan chirurgical. Les chirurgiens aussi ont été formés et continuent de se former parce que nous avons l’obligation de faire une formation continue. Parce que si vous ne la faites pas, vous devenez un danger pour le malade. Donc cette formation continue passe par la participation aux colloques, par la participation aux conférences, par les diplômes que chaque chirurgien a l’obligation d’obtenir à travers des formations.
Donc je peux dire qu’il faut que la population ait de plus en plus confiance aux spécialistes que nous sommes, parce que ces spécialistes ont été formés dans de très bonnes écoles, donc il n’y a pas de doute sur leurs compétences. Quand on regarde un peu dans la sous-région, on se rend compte que quand on parle de chirurgies laparoscopiques, nous sommes cités aussi comme référence parce qu’on fait énormément de choses.
Propos recueillis par Armelle Ouédraogo
Lefaso.net
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