La question de la santé et de la sécurité des travailleurs demeure un enjeu majeur au Burkina Faso. Dans le Grand Ouest du pays, l’Office de santé des travailleurs (OST) joue un rôle central dans la prévention des risques professionnels et la promotion du bien-être des travailleurs. Pour mieux faire comprendre les missions, les prestations et les défis de cette institution, Sidwaya est allé à la rencontre de la directrice régionale de l’Office de santé des travailleurs de Bobo-Dioulasso, Dr Corinne Nadège Ido, médecin du travail. Dans cet entretien, elle revient sur le champ d’action de l’OST, les risques professionnels les plus fréquents, les stratégies de prévention mises en œuvre, les difficultés rencontrées sur le terrain, ainsi que les messages clés à l’endroit des employeurs et des travailleurs.
Sidwaya : Pouvez-vous nous rappeler les missions et objectifs fondamentaux de l’Office de santé des travailleurs ?
Dr Corinne Nadège Ido : Il faut dire que l’Office de santé des travailleurs est tout d’abord un établissement public de santé non hospitalier qui a pour domaine de compétence la santé au travail. A ce titre, notre mission principale est d’éviter l’altération de la santé des travailleurs du fait de leur travail ou des conditions d’exercice de leur métier. Et nous avons pour principaux objectifs de promouvoir et maintenir le plus haut degré de bien-être physique et mental de tous les travailleurs, de prévenir tout dommage causé à la santé des travailleurs par les conditions de travail, de protéger les travailleurs dans leur emploi contre les risques préjudiciables à leur santé, de placer et maintenir le travailleur dans l’emploi convenant à ses aptitudes physiques et psychologiques, d’améliorer la qualité des soins dispensés aux travailleurs et enfin de mobiliser les ressources financières pour son fonctionnement.
S : Et quelles sont les prestations de la direction régionale de Bobo-Dioulasso ?
C.N.I : Au niveau de Bobo-Dioulasso, nous avons des prestations relevant des trois niveaux de prévention. D’abord, nous avons des prestations de prévention primaire relevant de la prévention primaire. Ce sont des prestations qui regroupent l’ensemble des actions visant à éviter que le travailleur ne soit en contact avec les dangers auxquels il est exposé. Comme prestations, nous avons d’abord la surveillance du milieu
et des conditions de travail qu’on appelle couramment visite des lieux de travail. Après cela, nous avons les séances d’Information, éducation et communication (IEC). Nous faisons aussi la formation en santé au travail et comme dernière prestation de prévention primaire, c’est la vaccination en milieu de travail.
A la suite des prestations de prévention primaire, nous avons aussi des prestations de prévention secondaire qui consistent à surveiller la santé des travailleurs afin de dépister précocement les effets des expositions professionnelles. Cette surveillance est assurée par la réalisation des visites médicales réglementaires. Nous avons cinq visites médicales réglementaires au Burkina Faso. La visite médicale d’embauche, la visite médicale périodique qu’on appelle couramment annuelle puisqu’elle est annuelle, la visite médicale de reprise de travail, la visite médicale spéciale et la visite médicale de fin de contrat. Pour soutenir la réalisation de toutes ces visites médicales, nous avons des services d’appui pour la réalisation des examens complémentaires.
Ici à Bobo-Dioulasso, nous avons le service d’ophtalmologie, le service de laboratoire d’analyse médicale, le service d’imagerie médicale, le service d’otorhinolaryngologie (ORL) et le service de pneumologie. Après les prestations de prévention secondaire, nous avons enfin les prestations de prévention tertiaire qui visent à assurer la prise en charge médicale des risques professionnels, c’est à dire les accidents du travail et les maladies professionnelles. Et pour cela, nous faisons des consultations de santé au travail.
Nous nous assurons aussi de la réadaptation et de l’insertion professionnelle du travailleur après un accident de travail ou une maladie professionnelle. En dehors de toutes ces prestations qui sont propres à la santé au travail, l’OST participe également à la réalisation de certaines activités de santé publique notamment les visites médicales d’aptitude au permis de conduire que nous réalisons ici même au siège de la direction et dans les zones déconcentrées de la direction régionale. Il y a aussi la visite médicale d’aptitude au hadj et la visite médicale des retraités.
S : Comment l’OST de Bobo-Dioulasso s’organise-t-il pour prendre en compte les travailleurs du secteur informel ?
C.N.I: la direction régionale de Bobo couvre cinq régions administratives à savoir la région du Guiriko, des Tannounyan, du Djôrô, du Bankui et du Sourou. Pour prendre en compte les travailleurs du secteur informel agro-sylvo-pastoral, nous menons des activités de promotion de la santé au travail. D’abord, lorsqu’on parle des prestations de prévention primaire, nous leur offrons des séances de sensibilisation et des visites des lieux de travail afin de leur faire connaître les risques auxquels ils sont exposés. Ces activités permettent de mieux nous faire connaître et mieux faire connaître nos activités. Nous les accompagnons aussi dans la mise en place soit de services de santé au travail, soit de toute autre activité liée à la santé au travail. Bien sûr, après les séances
de sensibilisation, nous donnons les informations nécessaires sur l’affiliation à l’OST et nous les encourageons à s’affilier afin de bénéficier pleinement de l’ensemble de nos prestations.
S : Quelles sont les principales pathologies ou risques professionnels les plus fréquemment rencontrés chez les travailleurs suivis par la DRB ?
C.N.I : Pour les principales pathologies, il faut dire que nous rencontrons des pathologies de tous ordres. Mais étant dans la capitale économique du pays, nous accompagnons de nombreuses industries et dans le milieu industriel, je peux dire que les troubles musculo-squelettiques sont les plus fréquents. Par troubles musculo-squelettiques, nous entendons toutes les affections en rapport avec les os, les articulations et les muscles que le travailleur peut présenter suite à son activité professionnelle.
S : Face à l’insuffisance de spécialistes en santé et sécurité au travail, quelles stratégies sont mises en place pour garantir la qualité des prestations offertes ?
C.N.I : Face à l’insuffisance de spécialistes, l’OST rejoint les entreprises dans
les zones où nous n’avons pas d’infrastructures propres et de personnel installé. Nous

appelons cela la stratégie avancée qui est différente de la stratégie fixe où nous recevons les travailleurs dans nos locaux. Nous nous déplaçons dans les localités concernées en collaboration avec les employeurs tout d’abord pour les visites des lieux de travail afin de connaitre le milieu de travail et identifier les risques et faire des séances de sensibilisation aux risques, activités réalisées par des spécialistes en santé, sécurité au travail. Ensuite les équipes des examens complémentaires iront et à la suite les médecins et ingénieurs en santé et sécurité au travail pour les visites médicales. Les services de l’OST restent disponibles pour les recevoir à tout moment lorsqu’il y a le besoin. Il faut dire qu’au niveau de l’OST, notre champ d’action c’est tous les travailleurs du secteur privé, du secteur public, du secteur agro-sylvo-pastoral, du secteur informel et aussi minier. Il y a aussi le plaidoyer, mené par notre hiérarchie, pour un renforcement en personnel technique, notamment en spécialistes en santé et sécurité au travail, auprès du ministère.
S : Nous allons revenir sur un aspect que vous avez évoqué : les visites des lieux de travail. Est-ce que cela révèle un aspect satisfaisant des normes de sécurité, notamment dans les entreprises de la région, en particulier dans les zones industrielles et minières ?
C.N.I : Parlant des visites des lieux de travail, il faut dire qu’elles consistent à se déplacer sur le terrain. Elles sont réalisées par des spécialistes qui vont observer les conditions dans lesquelles les travailleurs évoluent, identifier les écarts par rapport aux normes de sécurité et formuler des conseils à l’endroit des travailleurs et des employeurs. C’est une activité très bien appréciée par le monde du travail. Cependant, la difficulté se situe parfois dans la mise en œuvre des recommandations issues de ces visites, qui peut traîner.
S : Quel impact concret la prévention primaire, c’est-à-dire les IEC, la formation et la vaccination en milieu de travail, a-t-elle sur la réduction des accidents du travail et des maladies professionnelles, notamment les troubles musculo-squelettiques ?
C.N.I : La prévention primaire est essentielle en santé et sécurité au travail. La littérature montre que chaque franc investi dans la prévention permet à l’employeur de doubler son rendement. A travers les activités de prévention primaire que nous réalisons, nous constatons sur le terrain une nette amélioration, notamment une réduction du nombre d’accidents du travail et des maladies professionnelles. L’employeur, sensibilisé aux risques présents dans son entreprise, prend les mesures nécessaires pour éviter leur survenue. Le travailleur, à travers les séances de sensibilisation et les formations, acquiert des compétences, par exemple les techniques de manutention manuelle, qui lui permettent de réduire son exposition aux risques. Nous leur apprenons également les gestes à adopter en situation d’urgence. Tout cela permet d’améliorer les conditions de travail, d’accroître la productivité de l’entreprise, de réduire l’absentéisme pour maladie et de garantir de meilleures conditions d’exercice pour le travailleur.
S : Comment expliquez-vous la faible culture préventive observée chez certains employeurs et travailleurs, et que fait l’OST pour changer cette perception ?
C.N.I : La faible culture préventive s’explique par le fait qu’en Afrique, la prévention n’est pas toujours perçue comme une priorité. Souvent, c’est seulement lorsque des signes apparaissent que l’on accorde de l’importance à la santé. Pourtant, la prévention est la solution la plus efficace, tant sur le plan des coûts que des résultats. A l’OST, nous misons sur la sensibilisation des employeurs et des travailleurs à l’importance de la prévention. Il y a aussi l’aspect légal : la prévention est une obligation pour l’employeur selon la législation,
qui lui impose de protéger les travailleurs. Le non-respect de cette réglementation explique certaines difficultés observées.
S : Quelles sont les difficultés spécifiques rencontrées par la direction régionale de Bobo-Dioulasso ?
C.N.I : Les principales difficultés sont l’insuffisance de spécialistes en santé et sécurité au travail, l’insuffisance d’infrastructures propres à l’OST pour couvrir efficacement les zones d’intervention, ainsi que la faible culture préventive de certains employeurs et travailleurs. Il y a aussi le non-respect des dispositions législatives et réglementaires par certains employeurs, la faible participation des travailleurs aux visites médicales dans certaines entreprises et l’accessibilité difficile de certains locaux, souvent liée à une mauvaise compréhension de la santé et de la sécurité au travail.
S : Quel message souhaitez-vous adresser aux employeurs et aux travailleurs pour renforcer l’adhésion aux activités de santé et sécurité au travail dans votre ressort territorial, notamment dans le Grand Ouest ?
C.N.I : Le message aux employeurs est que la santé et la sécurité au travail sont l’affaire de tous. Nous sommes leurs conseillers, mais rien ne peut se faire sans leur engagement. En investissant dans la santé et la sécurité au travail, ils améliorent les conditions de travail, augmentent leur rendement et préservent la santé de leurs travailleurs. Aux travailleurs, je rappelle que leur santé est leur principale richesse.
A ce titre, Je les invite à participer activement aux activités de santé au travail, notamment les séances d’information, d’éducation et de communication, les formations ainsi qu’aux visites médicales réglementaires.
Entretien réalisé par Noufou NEBIE
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