10:43 am - 5 mars, 2026

L’Agence de soutien aux veuves, orphelins et victimes de guerre (ASVOVIG) a rencontré la presse ce 26 février 2026 pour présenter ses missions, ses acquis et les nouvelles dispositions encadrant l’accompagnement des familles des éléments des Forces de défense et de sécurité (FDS) tombées sur le théâtre des opérations. Face aux journalistes, le directeur général, le médecin colonel Lamine Ouédraogo, a apporté des clarifications sur l’adoption de nouveaux décrets relatifs à l’indemnisation et à la délégation de solde au profit des forces armées nationales, des forces de sécurité intérieure ainsi que leurs ayants droit.

Face aux médias, le directeur général de l’ASVOVIG, le médecin colonel Lamine Ouédraogo, entouré de son équipe, a insisté sur la nécessité de sortir avec l’information la plus exacte possible, dans un contexte où les attentes des familles restent fortes. La première clarification de l’ASVOVIG était de spécifier qu’il ne s’agit pas de nouveaux textes au sens strict. Selon le directeur général, les décrets encadrant la délégation de solde existent depuis plusieurs années. Ce qui change aujourd’hui, c’est leur application plus rigoureuse et harmonisée.

La délégation de solde consiste ainsi à reverser aux bénéficiaires le salaire de l’agent décédé sur une période de cinq ans. Durant les deux premières années, l’intégralité du salaire est versée. Les trois années suivantes, la moitié du montant est servie. L’objectif est d’assurer un soutien financier à moyen terme, le temps pour la famille de se stabiliser. « C’est une aide pour traverser la crise », a expliqué le directeur général. Les premières indemnités interviennent dans l’urgence, puis l’accompagnement avec la délégation de solde sur cinq ans pour permettre à la famille de se reconstruire progressivement.

La question du mariage civil a suscité de nombreux échanges lors de ce point de presse. L’ASVOVIG définit comme veuve toute femme ayant perdu son conjoint dans le cadre de la guerre et ne s’étant pas remariée. L’orphelin est un enfant ayant perdu son père, sa mère ou les deux parents issus des FDS. La victime de guerre désigne un militaire ou paramilitaire souffrant de blessures, maladies ou traumatismes subis en service. Pour les droits liés à l’indemnisation, le statut légal du mariage est déterminant. Il permet d’harmoniser l’application des textes et d’éviter des contestations ultérieures. Toutefois, l’agence adopte une approche pragmatique en matière d’accompagnement social et psychosocial. Une femme non légalement mariée mais ayant eu un enfant avec un agent tombé au front peut bénéficier de l’accompagnement si elle assume la charge de l’enfant. En cas de filiation reconnue, l’enfant a droit à une part d’indemnisation. « Nous regardons l’intérêt de la famille et des enfants », a souligné le médecin colonel Lamine Ouédraogo, rappelant que la protection des ayants droit reste la priorité. L’ASVOVIG encourage par ailleurs la régularisation des unions par le mariage civil afin de prévenir les difficultés administratives au moment de l’ouverture des droits.

L’ASVOVIG entend davantage apprendre des métiers aux veuves afin de les rendre autonomes

L’autre point est que les textes prévoient que la délégation de solde au profit de la veuve cesse en cas de remariage ou de concubinage avéré. Selon le directeur général a logique est simple car la constitution d’un nouveau foyer suppose l’existence d’un nouveau soutien. Il n’est donc plus justifié que le salaire du défunt continue d’être versé dans ce cadre. En revanche, les droits des enfants demeurent intacts. Les sommes qui leur sont destinées leur restent acquises. Des contrôles et enquêtes sociales seront effectués pour vérifier les situations déclarées et éviter les abus. Concernant les femmes des FDS ou FSI n’ayant pas eu d’enfants, les dispositions relatives à la délégation de solde s’appliquent selon les critères fixés par les textes, dans le respect strict de la loi.

Les décrets encadrent également la gestion des cas de personnels portés disparus. Après la déclaration officielle, une période de recherche d’un an est observée. Si aucune nouvelle n’est enregistrée, une procédure permet de déclarer juridiquement le décès, ouvrant ainsi les droits à indemnisation. Le directeur général a reconnu l’aspect délicat et sensible de ces situations. Certaines familles refusent d’accepter symboliquement le décès, espérant un retour. L’ASVOVIG privilégie alors un accompagnement au cas par cas, intégrant parfois ces familles dans les formations et dispositifs de soutien en attendant l’issue des procédures. La question des conflits liés à la répartition des indemnisations a également été abordée. Dans de nombreuses familles, l’agent décédé assumait la charge élargie de parents, frères et sœurs. L’arrivée des indemnités peut ainsi générer des tensions. Pour prévenir ces situations, l’ASVOVIG mise d’abord sur la clarification des critères et la définition précise des ayants droit. Ensuite, la médiation constitue l’outil privilégié. « Nous jouons d’abord la carte de la médiation », a expliqué le directeur général. L’objectif est de préserver la cohésion familiale et l’intérêt supérieur des enfants. Ce n’est qu’en dernier recours que la loi est strictement appliquée lorsque les tentatives de conciliation échouent.

“On continue de sensibiliser nos frères d’armes à évoluer vers le mariage civil, et en espérant aussi qu’il y ait une nouvelle disposition du code des familles et des personnes et des familles qui permettent de transmettre les mariages religieux et traditionnels à un mariage civil”, a indiqué le directeur de l’agence

Au-delà de l’indemnisation des veuves et orphelins, l’ASVOVIG déploie un accompagnement global. L’Agence a déjà formé et mobilisé 119 formateurs en santé mentale et soutien psychosocial. Des missions ont été conduites dans cinq régions militaires pour sensibiliser, écouter et orienter les bénéficiaires. Les priorités varient selon les profils pris en charge médicale pour les blessés, soutien psychologique pour les veuves, continuité scolaire pour les enfants, formations ou insertion économique pour favoriser l’autonomie des familles. Créée comme organe de coordination interministérielle, l’ASVOVIG entend structurer durablement la solidarité nationale envers les familles éprouvées par la guerre.

En rappel, les décrets visant à corriger les insuffisances antérieures et à renforcer la protection juridique des ayants droit ont été adoptés en conseil des ministres le 22 janvier 2026.

‎Farida Thiombiano

‎Lefaso.net

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