Réunie du 25 au 27 février 2026 à Ouagadougou, la Commission épiscopale Justice et paix du Burkina a clos son 2e Forum national sur le foncier, placé sous le thème : « Foncier rural et cohésion sociale : quelle contribution de la société civile dans un contexte de réformes politiques ? » ce vendredi 27 février 2026. Plus de 140 participants ont formulé sept recommandations pour une gouvernance foncière plus juste et inclusive.
La salle de conférence du Centre cardinal Paul Zoungrana a servi de cadre, trois jours durant, aux réflexions du deuxième forum national sur le foncier organisé par la Commission épiscopale Justice et paix du Burkina. Acteurs étatiques, autorités coutumières et religieuses, organisations de la société civile, étudiants, ONG, partenaires techniques et financiers ont pris part aux échanges, en présentiel et en ligne.
Placée sous le patronage de Mgr Alexandre Y. Bazié, président de la Commission, et parrainée par l’Autorité nationale de coordination du foncier (ANCF), la rencontre s’inscrit dans la continuité du premier forum tenu en 2021. Elle visait à analyser les réformes foncières en cours et à interroger la contribution de la société civile à la cohésion sociale dans un contexte de refondation de l’État.
Les travaux, structurés autour de cinq panels et de 17 communications, ont permis d’explorer les différentes dimensions de la gouvernance foncière.
Le premier panel s’est penché sur les réformes en cours et leur nécessaire adaptation aux réalités socioculturelles. Les communications ont porté sur l’évolution du cadre juridique et institutionnel, la mobilisation des terres au profit des organismes publics ainsi que les défis liés à l’application des textes.
« Le foncier ne doit pas être un facteur de division », Mgr Alexandre Y. Bazié, président de la Commission épiscopale Justice et paix du Burkina
Le deuxième panel a abordé la politique d’urbanisation au Burkina Faso, la préservation du patrimoine historique et les enjeux d’aménagement du territoire, dans un contexte marqué par une forte pression démographique et l’extension des villes.
Le troisième panel a analysé l’occupation anarchique du domaine public, la gestion des lieux de culte et la libération des emprises publiques. Les échanges ont mis en lumière le lien étroit entre gestion du foncier, respect de la réglementation et cohésion sociale.
Le quatrième panel s’est intéressé aux réformes en matière de promotion immobilière et aux perspectives d’amélioration du cadre légal, notamment en lien avec la transparence et la sécurisation des droits.
Enfin, le cinquième panel a traité de l’accès au foncier pour les personnes vulnérables, en particulier les femmes et les jeunes. Les discussions ont également évoqué les innovations en cours, dont la digitalisation des procédures foncières.
Sept recommandations pour une gouvernance plus inclusive
Au terme des travaux, les participants ont adopté sept recommandations majeures. Ils préconisent notamment la traduction et la vulgarisation des textes fonciers afin de les rendre accessibles au plus grand nombre, compte tenu du niveau d’instruction et de la complexité du langage juridique. Ils appellent également à l’accélération de l’élaboration et de la mise en œuvre des documents de planification spatiale, au respect strict de la destination des espaces publics dans les plans d’aménagement, ainsi qu’à l’opérationnalisation et au renforcement des plateformes numériques liées à la gestion foncière. L’une des recommandations phares concerne l’organisation d’un forum national spécifique sur l’accès des femmes à la terre.
Sibiri HEBIE, représentant de l’Autorité nationale de coordination du foncier et parrain, a salué la qualité des travaux lors de la clôture du forum
Un mémorandum sera transmis aux autorités compétentes pour favoriser l’opérationnalisation effective de ces recommandations.
Dans son discours de clôture, Mgr Alexandre Y. Bazié a inscrit la réflexion dans une dimension éthique et spirituelle. Rendant hommage aux forces de défense et de sécurité ainsi qu’aux victimes de la crise sécuritaire, il a rappelé que « la terre n’est pas seulement un bien économique, elle est un don de Dieu, un espace de vie, de mémoire et de fraternité ».
Pour lui, « gérer le foncier avec justice et équité, c’est prévenir les conflits et semer les graines de la paix ». Il a lancé un appel aux partenaires techniques et financiers pour accompagner la publication des actes du forum et soutenir la mise en œuvre des recommandations, tout en implorant la bénédiction divine sur les efforts entrepris pour « désamorcer la bombe foncière ».
L’abbé Sié Eric M. Dah, président du comité d’organisation, a exprimé sa satisfaction à l’issue des trois jours d’échanges
Le parrain du forum, Sibiri Hebié, représentant de l’Autorité nationale de coordination du foncier (ANCF), a salué la qualité des analyses et réaffirmé l’engagement de l’État à poursuivre les réformes visant à restaurer l’autorité publique, garantir la transparence et prévenir les conflits. Il a insisté sur le rôle déterminant de la société civile comme relais d’information, médiateur social et acteur de veille citoyenne.
Un mécanisme de suivi annoncé
Le suivi des recommandations se fera, selon les organisateurs, à travers un double mécanisme : un suivi interne assuré par le comité scientifique mis en place pour le forum, et un accompagnement institutionnel en synergie avec l’Autorité nationale de coordination du foncier.
Vue partielle des participants au 2e forum national sur le foncier lors de la cérémonie de clôture
Pour l’abbé Sié Eric M. Dah, président du comité d’organisation, la satisfaction est réelle : « Les échanges ont été riches, francs et holistiques. Notre joie sera complète si nous réussissons à publier les actes afin que les recommandations produisent les effets escomptés. »
Avec plus de 140 participants et plus de 150 interventions enregistrées dans les débats, ce deuxième Forum national sur le foncier se veut un cadre d’échanges franc et constructif. Reste désormais l’étape décisive : transformer les recommandations en actions concrètes au service de la paix, de la justice sociale et de la cohésion nationale.
Anita Mireille Zongo
Lefaso.net
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