À l’occasion de la journée mondiale de lutte contre les maladies tropicales négligées (MTN) célébrée chaque 30 janvier, le Réseau accès aux médicaments essentiels (RAME) a animé une conférence de presse ce mardi 3 février 2026 à Ouagadougou, afin d’alerter les médias et l’opinion publique sur les défis persistants liés à ces maladies au Burkina Faso.
Réunis autour du thème « S’unir, agir, éliminer les MTN », les acteurs de la société civile, des partenaires techniques et des professionnels des médias ont été conviés par le RAME à une rencontre d’échanges visant à renforcer la visibilité des maladies tropicales négligées et à susciter une mobilisation accrue pour leur élimination. Cette conférence de presse s’inscrit dans le cadre des activités marquant la Journée mondiale de lutte contre les MTN, instituée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Les MTN, un lourd fardeau sanitaire et social
Les maladies tropicales négligées constituent un groupe de 21 pathologies causées par des virus, bactéries, parasites, champignons ou toxines. Elles touchent principalement les populations pauvres et vulnérables d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine, avec des conséquences sanitaires, sociales et économiques souvent dévastatrices. À l’échelle mondiale, plus d’un milliard de personnes vivent avec au moins une MTN, tandis qu’environ 1,6 milliard de personnes nécessitent encore des interventions préventives et curatives.
Léa Ida Sawadogo/Yougbaré, chargée de programme assistance technique au RAME, a présenté les acquis, défis et perspectives de la lutte contre les MTN
Selon les données présentées au cours de la conférence, une MTN au moins est endémique dans chacun des 47 pays de la région africaine de l’OMS, et cinq MTN ou plus sont co-endémiques dans 36 pays, soit près de 78 % des États africains. La région africaine supporte à elle seule environ 40 % de la charge mondiale de morbidité liée aux MTN, touchant une personne sur six dans le monde.
Des progrès notables, mais des défis persistants au Burkina Faso
Au Burkina Faso, des avancées significatives ont été enregistrées grâce à l’engagement de l’État et à la mise en œuvre du Programme national de lutte contre les Maladies tropicales négligées (PN-MTN). Le pays a souscrit à plusieurs engagements internationaux majeurs, notamment l’Appel d’Accra (2008), la Déclaration de Londres (2012), l’Engagement d’Addis-Abeba (2014), la Déclaration de Kigali (2022) et l’Appel à l’action d’Addis-Abeba 2024 en faveur d’un financement durable pour une Afrique sans MTN.
Parmi les acquis, le RAME a rappelé que la dracunculose (ver de Guinée) a été éradiquée depuis 2011, et que la lèpre a été éliminée en tant que problème de santé publique depuis 1994. Une ligne budgétaire nationale d’environ 50 millions de FCFA par an est également consacrée à la lutte contre les MTN. En 2025, 2 519 interventions chirurgicales d’hydrocèle ont été réalisées, améliorant considérablement la qualité de vie des personnes atteintes de filariose lymphatique.
Robert Batian, représentant de l’Association vision nouvelle (AVN), soulignant l’importance d’un budget national accru pour la lutte contre les MTN

Cependant, 14 maladies tropicales négligées demeurent endémiques au Burkina Faso, parmi lesquelles figurent la dengue, la filariose lymphatique, l’onchocercose, la schistosomiase, le trachome, la leishmaniose, l’ulcère de Buruli, le pian, la gale, la rage, les morsures de serpent, la trypanosomiase humaine africaine et le noma. Certaines MTN restent par ailleurs insuffisamment documentées, compliquant la planification des interventions.
Le rôle clé de la société civile et du RAME
Depuis 2022, le RAME, avec le soutien de Speak Up Africa, œuvre aux côtés du PN-MTN et d’autres organisations de la société civile, notamment l’Association vision nouvelle (AVN) et le SPONG, au sein d’une coalition nationale et régionale de lutte contre les MTN. Ces actions ont permis la mobilisation de leaders communautaires, le renforcement des capacités des acteurs locaux et l’amélioration de l’adhésion des populations aux campagnes de traitement de masse.
Pour Léa Ida Sawadogo/Yougbaré, chargée de programme assistance technique au RAME, la sensibilisation communautaire reste essentielle : « Ce sont des maladies évitables et traitables, mais qui continuent d’appauvrir les populations. Les personnes atteintes subissent souvent la stigmatisation, l’exclusion sociale et des pertes économiques importantes. »
Mahamadi Ouédraogo, champion des MTN, partageant les témoignages des populations touchées et appelant à la mobilisation collective

Un plaidoyer pour un financement durable et une action coordonnée
Malgré les efforts, plusieurs insuffisances persistent, notamment le faible financement du secteur de la santé, encore en deçà des 15 % recommandés par la Déclaration d’Abuja, les contraintes sécuritaires limitant l’accès à certaines zones, ainsi que les retards dans l’approvisionnement en intrants médicaux.
À ce sujet, Robert Batian, représentant de l’AVN, a rappelé : « Nous sommes actuellement autour de 11 % du budget national alloué à la santé. Il faut poursuivre les efforts pour atteindre les 15 % afin d’avoir un impact réel sur la lutte contre les MTN. »
Le témoignage du champion des maladies tropicales négligées, Mahamadi Ouédraogo, a particulièrement marqué les échanges. Revenant sur les réalités vécues par les personnes affectées, il a dénoncé la négligence persistante autour de ces maladies et leurs lourdes conséquences sociales et économiques : « J’ai interviewé une dame à l’hôpital qui m’a confié, en mooré, qu’elle a faim et soif de sa santé. Elle souffre de la filariose lymphatique depuis l’époque de Sankara. Ce sont des maladies qu’on peut soigner, mais qui sont négligées. Dans certaines familles, quand tu as ce genre de maladie, on te chasse de la maison. Cela devient compliqué, et économiquement, tout le monde perd. Nous, journalistes, avons un rôle à jouer pour sensibiliser et accompagner ceux qui luttent contre les MTN, afin qu’ensemble, nous puissions combattre ces maladies. »
Le RAME invite les journalistes à s’impliquer dans la sensibilisation contre les maladies tropicales négligées à travers leurs productions

S’unir pour ne laisser personne pour compte
À l’issue de la conférence, le RAME a renouvelé son engagement à intensifier les actions de plaidoyer, de mobilisation sociale et de collaboration avec l’État et les partenaires techniques et financiers. L’organisation a formulé plusieurs recommandations, dont le renforcement de la recherche, l’intégration des MTN dans les soins de santé primaires, l’amélioration de la pharmacovigilance et la lutte contre la stigmatisation.
Dans un message empreint d’espoir, les organisateurs ont rappelé qu’« aucune maladie ne doit être négligée, aucune communauté ne doit être laissée pour compte », invitant l’ensemble des acteurs à s’unir, agir et éliminer les maladies tropicales négligées au Burkina Faso.
Anita Mireille Zongo
Lefaso.net
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