Va-t-on, un jour, finir avec la galère du gaz sous laquelle ploie la population chaque année, aux mêmes périodes ? Que se passe-t-il réellement, si la Société nationale burkinabè d’hydrocarbures (SONABHY) n’a pourtant aucune difficulté à mettre le gaz à la disposition de ses intermédiaires ? Pourquoi personne ne semble être responsable de cette situation à répétition et dont les conséquences socio-économiques peuvent dépasser l’imaginable ? C’est bien que la SONABHY reste ferme dans son assurance que le gaz est disponible et, mieux, appelle la population à ne pas paniquer, mais la réalité pour la population est cash : « Manque de gaz, pas manque de gaz, manque de gaz quand même ! » (pour coller à cette célèbre expression du Wayiyan). Dès lors, les responsabilités doivent être situées, c’est un minimum !
Quelle pitié n’éprouve-t-on pas, lorsqu’à 22 heures passée, aux abords de certaines grandes voies, on aperçoit de longues files de personnes, parmi lesquelles, des enfants (des élèves, on imagine), certaines assises sur leurs bouteilles vides, somnolant dans l’attente de la moindre bouteille de gaz ? Comment des enfants peuvent-ils être performants à cette allure en classes ? Comment des parents peuvent-ils être, dans ces conditions, efficaces dans leurs services, dans les administrations publiques et privées ? Le gaz n’est pas un luxe, c’est un besoin indispensable pour les familles, les citoyens, les populations, qui y ont recours à tout instant. Quel plaisir peut-on donc ressentir de voir des femmes, des hommes, des enfants, trimballant des bouteilles de gaz, tout simplement parce qu’avoir du gaz est devenu une question de chance ?
Pourtant, le gaz est là, dit-on. Il y a un problème ! Et donc, il faut non seulement se poser les bonnes questions, mais surtout avoir le courage d’y répondre ; parce qu’au finish, cette situation n’arrange personne. À commencer par la SONABHY elle-même, qui semble vivre dans ce contexte, un véritable sabotage de ses efforts, si l’on s’en tient aux propos de son directeur de dépôt, Jonas Sango, interviewé sur ce sujet de manque de gaz par le quotidien d’État, Sidwaya, dans son numéro 10 546 du mercredi 14 janvier 2026. « Cette situation est incompréhensible car, pendant que nous faisons plus de gaz, curieusement, il y a des manques. », tels sont les propos de M. Sango, mis en exergue par le journal à travers le titre de l’interview. Au-delà de la curiosité, la recherche de solution, et vivement ! D’autant que le problème dure plusieurs années, et ce sont les mêmes explications. Pire, on ne trouve aucune responsabilité dans cette affaire en passe d’être structurelle.
« C’est d’autant plus incompréhensible que c’est une période où nous avons multiplié des actions pour permettre aux consommateurs finaux de pouvoir avoir le gaz sans difficulté. » C’est vraiment dommage, surtout que des efforts sont faits par la SONABHY pour que le gaz soit disponible pour les populations. (…) La SONABHY ne livre pas directement le gaz aux populations, elle ne maîtrise donc pas les cycles après les dépôts pour que le gaz parvienne au niveau des consommateurs. Ce qui surprend, c’est que des efforts sont faits, mais au finish, le gaz n’est pas présent. La SONABHY n’a pas de problème en matière de stockage et de livraison à l’instant », rassure le directeur de dépôt, Jonas Sango, insistant sur les efforts faits par la SONABHY pour même permettre l’augmentation de la production et allant jusqu’à limiter les congés du personnel dans cette période.
Pourtant, pour pallier ces difficultés, un cadre de concertation existe, composé des marqueteurs, des distributeurs de gaz, du Bureau des mines et de la géologie du Burkina (BUMIGEB), de la Brigade mobile de lutte contre la fraude (BMCRF), de l’Agence burkinabè de la normalisation, de la météorologie et de la qualité (ABNORM), de la Ligue des consommateurs, de la SONABHY, explique le responsable. « C’est l’ensemble de ces acteurs qui réfléchit sur comment faire pour anticiper sur les besoins en gaz de la population », rapporte M. Sango, précisant que la dernière rencontre a eu lieu courant novembre 2025 à Bobo-Dioulasso.

« Le passage aussi des 400 à 600 tonnes de gaz à faire sortir par jour est l’une des recommandations du cadre de concertation. » Parmi les besoins des distributeurs, il a été demandé à la SONABHY de passer de 400 à 600 tonnes de gaz par jour auprès de la population. Et, c’est ce que nous avons fait. À l’endroit de la population, nous tenons, une fois de plus, à la rassurer qu’il n’y a pas de panique à se faire, car le gaz est disponible au niveau de la SONABHY », dévoile Jonas Sango.
Finalement, de deux choses, l’une. Soit des acteurs veulent saboter les efforts de la SONABHY, soit il s’agit d’une traite organisée par des individus avec le concours à divers échelons de la chaîne. Quant à la population, elle doit se contenter de subir. En tous les cas, la SONABHY ne doit plus se satisfaire de faire simplement le constat chaque année, de ce que ses efforts sont sapés, alors que c’est elle-même qui est en contact direct avec les intermédiaires qui doivent faire en sorte que le gaz soit disponible permanemment pour le destinataire final. Elle doit se donner les moyens de s’attacher les services des structures à même d’aider à mettre fin à cette spirale infernale qui, normalement, ne devrait pas avoir droit de cité.
Quelles sont les entités accréditées auprès de la SONABHY ? Comment se fait-il que les quantités de gaz sorties, et supposées satisfaire la demande, ne soient pas celles qui se voient sur le terrain ? Comment des individus arrivent-ils, selon des témoignages, à avoir le gaz à souhait dans des locaux ‘’clandestins” dans les quartiers, pour le revendre à qui et comme ils veulent, et au prix que, eux-mêmes, décident (spéculation) ? Pourquoi, sur toute la chaîne, personne ne se sent responsable de la situation et, par conséquent, n’a de comptes à rendre ?

Dans l’interview sus-évoquée, le directeur de dépôt de la SONABHY de Bingo, Jonas Sango, a lancé une invite à l’ensemble de la population, à dénoncer tout acte visant à saper les efforts qui sont faits pour disponibiliser le gaz. « Elle doit collaborer et interpeller la BMCRF qui ira bien sûr traquer ces individus qui s’adonnent à ces pratiques », a-t-il interpellé.
Une interpellation à juste raison, qui ne doit d’ailleurs pas se borner à être émise au détour d’interviews. Il faut beaucoup communiquer sur ces aspects, car, au-delà de ce que certains se font complices passifs ou actifs de cette malheureuse situation, et pour une raison ou pour une autre, de nombreux citoyens semblent ne pas avoir une idée des pratiques répréhensibles en la matière également (circuits et modalités de vente). Conséquence, chacun se contente de chercher son gaz et se satisfait d’en avoir enfin après plusieurs rondes, quels que soient le lieu et le prix. Il faut donc sensibiliser à travers des communications de masse, surtout à l’entrée de ces périodes dites de pic. Cela pourrait dissuader et aider à débusquer cette race de Burkinabè qui n’a de plaisir, et ne pense faire fortune, qu’à proportion de la souffrance de leurs prochains, d’une population déjà tenaillée par la vie au quotidien.
Oumar L. Ouédraogo
Lefaso.net
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