5:06 pm - 4 mars, 2026

À l’occasion de la célébration annuelle du Dankoun, rituel majeur de la confrérie dozo, l’Union nationale des dozos du Burkina a organisé une série d’activités à Bobo-Dioulasso. Le vendredi 30 janvier 2026, une importante délégation de dozos, conduite par le « dozoba » Aly Konaté, a effectué une tournée auprès des autorités coutumières et religieuses de la ville. Objectif : accomplir des sacrifices et des rituels de pardon entre dozos, tout en implorant le retour de la paix et de la sécurité au Burkina Faso.

L’Union nationale des dozos du Burkina a organisé, du 28 au 31 janvier 2026 à Bobo-Dioulasso, la 13e édition du Dankoun. Cet évènement majeur de la confrérie a été ponctué par plusieurs activités dont le rituel d’immolation pour la paix et la sécurité au Burkina Faso. C’était le vendredi 30 janvier dernier. Cette journée a ainsi permis à la confrérie d’effectuer une tournée chez des chefs coutumiers et religieux. La délégation s’est rendue chez le grand imam de la mosquée de Dioulasso, chez le Golotigui, le chef de Kibidoué, le chef de Dagasso, le chef dioula, etc.

Le clou de cette activité a eu lieu à Kibidoué à travers l’immolation d’animaux, dont une partie s’est faite loin des caméras et appareils photo. Après cette tournée symbolique chez les chefs coutumiers, le président de l’Union nationale des dozos du Burkina a animé un point de presse au cours duquel il a longuement expliqué l’organisation, les valeurs et la mission de la confrérie dozo, souvent au cœur de controverses et de perceptions négatives.

Le clou de cette activité a eu lieu à Kibidoué à travers l’immolation d’animaux

« Le dozo, c’est d’abord une école et une confrérie »

Pour Aly Konaté, les amalgames autour du « dozoya » sont nombreux. « Un dozo est un guerrier, un tradipraticien, un protecteur de son village, de son quartier et de son pays. Il est aussi un protecteur de l’environnement », a-t-il expliqué. Selon lui, il est important de distinguer la confrérie dozo, qui repose sur des règles traditionnelles et initiatiques, de l’Union nationale des dozos, créée pour des raisons administratives afin d’exister légalement vis-à-vis de l’État burkinabè.

« Dozo, ce n’est pas une association au sens moderne du terme. Un chef dozo n’est ni voté ni imposé. Il est intronisé selon des règles connues des initiés, et il meurt chef dozo », a insisté le « dozoba » Aly Konaté. Il précise que l’Union nationale regroupe aujourd’hui environ une centaine d’associations, avec 208 chefs dozos reconnus à travers le pays. À l’en croire, « dozoya », souvent mal compris, est présenté comme une école. « On devient dozo par initiation. Mais pour pratiquer le « dozoya », il faut aller à l’école du « dozoya ». Ceux qui ont suivi cette école sont appelés les « dozoden » (littéralement : enfant-dozo) », explique Aly Konaté.

Les dozos n’ont pas marchandé leur participation aux différentes activités

Financement du Dankoun : « Nous n’avons jamais mendié »

Interrogé sur le financement des activités, notamment du Dankoun, le président de l’union se veut catégorique : « Nous n’avons jamais mendié pour organiser nos rituels. » Selon lui, chaque dozo participe avec ses propres moyens. « Le président ne paye pas de poulet. Chaque dozo vient avec son poulet, son matériel rituel et son transport », affirme-t-il.

Il ajoute que la majorité des rituels se déroulent en brousse, loin des regards du public et des médias. « Ce que vous voyez, ce n’est que la façade. Le cœur de la cérémonie est ailleurs », précise-t-il, soulignant que la capacité d’accueil et de prise en charge des initiés fait partie des responsabilités d’un chef dozo. « Un chef dozo n’est jamais un pauvre. Il doit avoir le savoir, la connaissance et les moyens », martèle-t-il.

Dozoba, dozoden, soma : lever la confusion

Le « dozoba » Aly Konaté est également revenu sur la différence entre « dozoba, dozoden et soma », des appellations souvent confondues. « Chef dozo est une appellation française. En dioula, on dit « dozoba » », explique-t-il. Le terme renvoie symboliquement à la relation mère-enfant dans l’initiation, la “mère dozo” étant celle ou celui qui enseigne les premiers pas dans la confrérie. Concernant les « soma », il précise qu’il s’agit généralement de dozos plus âgés, qui ne vont plus en brousse et se consacrent aux soins par les plantes et les savoirs traditionnels. « Un jeune initié de deux ou trois ans ne peut pas se proclamer soma ou chef dozo », tranche-t-il.

Le présidium lors de la conférence de presse

Les coups de feu, « le nom de famille des dozos »

La question des coups de feu lors des cérémonies dozos, source d’inquiétude pour certaines populations, a également été abordée. « Quand on dit dozo, on parle d’armes et de fusils. Les coups de feu, c’est le nom de famille de la confrérie », laisse entendre Aly Konaté. Il explique que d’autres groupes traditionnels, comme les « soma ou les doma », ne procèdent pas de la même manière, même si les tenues peuvent se ressembler aux yeux des non-initiés.

« On devient dozo par initiation. Mais pour pratiquer le « dozoya », il faut aller à l’école du « dozoya » », selon Aly Konaté

Sur la lutte contre le terrorisme, le président de l’union souligne une contribution significative des dozos à la sécurisation du territoire, notamment dans l’Ouest du pays. « Il n’y a pas de différence aujourd’hui entre les FDS et les dozos. C’est la même lutte que nous menons », a-t-il affirmé, soulignant la collaboration étroite avec les forces de défense et de sécurité. Il met également en avant les actions en faveur de la cohésion sociale, citant la rencontre avec le grand imam de Bobo-Dioulasso comme un signal fort. « Ce n’est ni une guerre religieuse ni une guerre ethnique », insiste-t-il, appelant les médias à jouer pleinement leur rôle dans la communication en temps de guerre.

« Nous n’avons jamais mendié pour organiser nos rituels », a indiqué Aly Konaté

Un rituel de pardon et de transmission

Le Dankoun, rappelle Aly Konaté, est avant tout un moment de communion, de pardon et de transmission des savoirs. Chaque année, les dozos se retrouvent pour demander pardon, partager leurs connaissances et soigner ceux qui ont rencontré des difficultés dans l’exercice de leurs missions. Cette année, plus de 3 000 initiés sont déjà recensés, et les initiations se poursuivent. Au cours de cette conférence de presse, le « dozoba » Aly Konaté n’a pas manqué de lancer un appel aux hommes de médias et à l’ensemble des Burkinabè pour leur implication dans la lutte contre le terrorisme. « Chaque jour, demandons-nous ce que nous avons fait pour aider notre pays qui est en guerre », a-t-il lancé.

Romuald Dofini

Lefaso.net

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