L’audience sur le dossier « Yaké Camille Yé et autres » s’est poursuivie ce vendredi 27 février 2026 avec au prétoire, une affaire de contrats et de gestion de carburant au ministère de la Femme, de la solidarité nationale et de la Famille d’alors (devenu ministère du Genre et de la Famille).
C’est le prévenu Billy Zongo qui a été le premier à passer à la barre pour répondre des infractions de complicité de détournement de deniers publics. M. Zongo a été DAF (directeur des affaires financières) au ministère de la Femme, de la solidarité nationale et de la Famille d’alors de mars 2016 à mars 2017. Il explique qu’une crise existait entre lui et Mme la ministre Laure Zongo. « Elle trouvait que, selon ses dires, je n’étais pas à la hauteur d’un DAF qui pouvait l’aider à avoir beaucoup d’avantages », confie M. Zongo.
En effet, Ramata Bamba/Bamogo avec qui le ministère a, à travers son entreprise, conclu un contrat de livraison de carburant, déclare avoir remis la somme de 80 millions, en numéraires et en bons, à Billy Zongo. « Je n’ai pas eu de contact avec elle pour récupérer des bons de 40 millions et des numéraires de 40 millions à Mme la ministre », rejette M. Zongo.
A en croire M. Zongo, le ministère avait effectivement conclu un premier contrat d’environ 40 millions FCFA avec Ramata Bamba/Bamogo, qui a été exécuté sans difficulté. Ce premier contrat avait pour but d’assurer le fonctionnement du ministère.
Par la suite, Mme la ministre a jugé utile de lui attribuer un second contrat d’un montant de 115 millions FCFA, pour, cette fois-ci, la gestion des mesures sociales (les activités humanitaires).
Selon M. Zongo, le contrat a été conclu par procédure simplifiée, entente directe.
Le processus et l’exécution de ce contrat présentent, selon le Parquet et des parties civiles, des incohérences. Des éléments sont donc passés au peigne fin.
Également poursuivi pour complicité de détournement de deniers publics, « pour avoir aidé et assisté » l’ancienne ministre Laure Zongo dans un détournement présumé de carburant en 2018, Pasco Billa, DAF du ministère de la Femme, de la solidarité nationale et de la Famille en 2017, a plaidé non coupable. Cependant reconnaît-il avoir réceptionné la somme de 10 millions FCFA, avec une décharge dûment signée et cachetée. Cette situation s’explique par le fait que, justifie-t-il, le partenaire du ministère pour la fourniture du carburant ne dispose pas de représentations à l’intérieur du pays ; ce qui posait des difficultés aux agents en mission. Pour contourner donc les difficultés, l’idée est venue de récupérer des numéraires en lieu et place des bons. Pour lui, cette démarche relève du pragmatisme.
Toujours selon le prévenu, des numéraires d’environ 20 millions FCFA liés au carburant ont été retirés par Mme la ministre Laure Zongo auprès du fournisseur.
Pasco Billa nie donc toute implication dans cette affaire de détournement de deniers publics, rejetant les accusations selon lesquelles, il aurait aidé ou assisté l’ancienne ministre Laure Zongo à détourner des fonds publics.
A sa suite, le prévenu Sompagnimdi Ismaël Ouédraogo, commerçant. Il est celui-là également qui a mis en relation Ramata Bamba/Bamogo avec Mme la ministre. M. Ouédraogo est poursuivi pour enrichissement illicite et blanchiment de capitaux, pour avoir aidé et assisté Mme la ministre Laure Zongo. Il est, de façon précise, pointé d’avoir récupéré chez Mme Bamba, des sommes d’argent pour les remettre à la ministre Zongo. Des propos confirmés par le prévenu lui-même. Par deux fois, il confirme avoir reçu les sommes de 12 millions FCFA et de 23 millions FCFA à remettre à Mme la ministre.
Mais, à la barre, le Tribunal lui présente un document produit par Ramata Bamba/Bamogo, sur lequel il est mentionné qu’il a reçu la somme de 50 millions FCFA d’elle, pour transmettre à Mme la ministre.
Sompagnimdi Ismaël Ouédraogo rejette ledit document qui fait office de décharge. Il fait observer que depuis le Lycée, non seulement il est resté fidèle à sa signature (qui est différente de celle qu’on lui a présentée), mais aussi, il ne signe pas non plus sans son nom au complet (le document présenté portait le nom Ismaël Ouédraogo). « M. le président, ce document est archi-faux. Quand je fais une reconnaissance de dette ou de crédit, j’inscris tout mon nom, Ouédraogo Sompagnimdi Ismaël, avec ma signature habituelle. Je l’utilise depuis les années 90, jusqu’à aujourd’hui. Je ne reconnais ni cette signature, ni ce cachet. Mon numéro d’identité n’y figure pas aussi. Ce document est archi-faux », s’est-il défendu.
L’avocat du prévenu, Me Kondombo, a profité de l’instant pour s’attarder sur le document, rappelant d’abord qu’il s’agit du “faux incident” dont il avait fait cas dès le premier jour du procès, le 23 février 2026. L’avocat a démontré également les éléments qui trahissent ce qui est considéré comme décharge avant de se montrer favorable à une expertise pour vérifier l’authenticité des signatures.
L’audience, suspendue autour de 20h, reprend le samedi 28 février.
O.L.
Lefaso.net
Lire l’article original ici.
