À l’occasion du mois sacré de Ramadan, le Dr Moussa Nabaloum, docteur en éducation islamique, a été reçu sur le plateau de Lefaso TV afin de décrypter la portée spirituelle de cette période et d’analyser l’impact des réseaux sociaux sur la pratique religieuse. Entre opportunité de renforcement de la foi et risque de dispersion, il appelle à une utilisation consciente et responsable du numérique.
Lefaso.net : Pour commencer, rappelez-nous ce que représente le mois de Ramadan pour les musulmans ?
Dr Moussa Nabaloum : Le mois de Ramadan est un mois sacré pour les musulmans. C’est un mois de bénédictions, de miséricorde et de récompenses spirituelles. Durant cette période, les fidèles jeûnent de l’aube au coucher du soleil, s’abstenant de manger, de boire et d’avoir des relations conjugales. Mais le jeûne ne se limite pas à l’abstinence physique ; il est aussi un exercice spirituel. Les nuits sont consacrées aux prières, aux invocations et à la lecture du Coran, dans la recherche de l’agrément divin. Le Ramadan est un mois d’éducation et de purification de l’âme. Il forme le croyant à la discipline, renforce sa foi et développe en lui la crainte révérencielle d’Allah. Ce n’est pas un mois comme les autres, il est une école spirituelle.
Aujourd’hui, les réseaux sociaux occupent une grande place dans nos vies. Sont-ils un atout ou un danger pendant le Ramadan ?
Les réseaux sociaux font désormais partie intégrante du quotidien, que l’on soit musulman ou non. Ils présentent à la fois des avantages et des risques. Du côté des bienfaits, un musulman sincère peut les utiliser pour renforcer sa foi. Grâce aux plateformes numériques, il est possible de suivre des prêches, d’écouter des rappels religieux, d’apprendre les règles de l’ablution, de la prière ou encore d’écouter des récitations du Coran, même à distance, depuis La Mecque ou Médine. Ils permettent également de rester informés de ce qui se passe dans le monde musulman.
Cependant, les réseaux sociaux peuvent aussi devenir une source de distraction. Un usage excessif entraîne une perte de temps, alors que le Ramadan est un mois dédié à l’adoration. Au lieu de prier ou d’invoquer Dieu, certains passent des heures à naviguer sans objectif précis. Ils peuvent aussi exposer le fidèle à des contenus inappropriés, contraires aux principes religieux, ce qui diminue la portée spirituelle du jeûne. Tout dépend donc de l’intention et de la discipline de chacun.
Quels sont les risques liés à une mauvaise utilisation des réseaux sociaux pendant le jeûne ?
Les principaux risques sont la perte de temps et l’exposition au péché. Passer de longues heures à naviguer sans but précis peut détourner le croyant des actes d’adoration. De plus, certains contenus peuvent inciter à des comportements contraires à l’éthique islamique, comme le regard déplacé, la diffusion de propos inappropriés ou l’écoute de contenus déconseillés. Le Ramadan est un mois de purification. Une utilisation non maîtrisée des réseaux sociaux peut affaiblir la foi et réduire la récompense du jeûne.
Comment utiliser les réseaux sociaux de manière bénéfique durant ce mois ?
L’essentiel est de savoir gérer son temps et de définir une intention claire. Il s’agit d’utiliser les réseaux sociaux comme un outil d’apprentissage et de rappel et non comme un moyen de divertissement excessif. Suivre des conférences religieuses, écouter des rappels, partager des enseignements utiles, s’informer sur les initiatives solidaires sont des usages profitables. Le croyant doit fixer des limites et éviter les contenus susceptibles de l’éloigner de ses objectifs spirituels.
Peut-on considérer le partage de rappels religieux en ligne comme une forme d’aumône ?
Oui, le partage de rappels religieux peut être considéré comme une forme d’aumône spirituelle. Transmettre un verset coranique, un hadith ou un prêche utile, c’est partager un savoir bénéfique. Si une personne lit ce rappel et décide d’accomplir une bonne action ou d’abandonner un mauvais comportement, celui qui a partagé le message en récolte également la récompense. La transmission du savoir est une responsabilité en islam. Les réseaux sociaux deviennent ainsi un moyen moderne de diffuser le bien et de participer à l’élévation spirituelle des autres.
Quels conseils donnez-vous pour maintenir les bonnes habitudes après le Ramadan ?
Le Ramadan n’est qu’un mois parmi les douze de l’année. Allah n’est pas seulement le Seigneur du Ramadan, mais le Seigneur de tous les mois. Le Ramadan doit être considéré comme un temps de réforme et de renforcement spirituel. Les bonnes habitudes acquises telles que la prière régulière, la solidarité, la patience et la maîtrise de soi doivent se poursuivre après sa fin.
Un signe d’acceptation du jeûne est la continuité dans les bonnes actions. Si, après Ramadan, une personne aime davantage faire le bien et s’éloigner du mal, c’est un indicateur positif. En revanche, retourner immédiatement aux mauvaises habitudes doit pousser à l’introspection.
Le croyant est appelé à vivre toute l’année dans la foi, la justice, la solidarité et la miséricorde.
Un message pour la cohésion sociale au Burkina Faso ?
En cette période marquée par des défis sécuritaires et sociaux, l’islam rappelle que le vrai musulman est celui avec qui les autres sont en sécurité avec lui. La religion prône la paix, la miséricorde et la cohésion sociale. Chaque communauté doit pratiquer sa foi dans le respect des autres, mais tous doivent travailler ensemble pour bâtir la nation. Musulmans, chrétiens et adeptes d’autres religions partagent la même patrie. La coopération pour la paix, la sécurité et le développement est une responsabilité commune.
Hamed Nanéma
Hanifa Koussoubé
Lefaso.net
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