Souvent entourée de mystères et parfois de préjugés, la confrérie des dozos continue de susciter interrogations et inquiétudes au sein de l’opinion publique au Burkina. À l’occasion d’un échange avec la presse, le vendredi 30 janvier 2026 à Bobo-Dioulasso, les responsables de l’Union nationale des dozos ont levé un coin du voile sur le fonctionnement interne de la confrérie, le rôle des femmes, le processus d’initiation, la question des infiltrations ainsi que l’engagement des dozos pour la protection de l’environnement.
D’emblée, les responsables rappellent que la confrérie dozo est une organisation traditionnelle à caractère initiatique. « La confrérie, c’est une secte. Ce qui peut être dit à la presse, c’est ce que nous sommes en train de dire », précise le « dozoba » Aly Konaté, soulignant que certaines réalités demeurent volontairement discrètes, conformément aux règles internes. À en croire Aly Konaté, contrairement à une idée répandue, les femmes ont bel et bien leur place au sein de la confrérie, répondant à une question des journalistes.
« Oui, il y a des femmes dans la confrérie. Il y a des femmes dans l’Union nationale des dozos », affirme Aly Konaté. Ces femmes, souvent qualifiées de « personnes de l’ombre », collaborent activement avec l’organisation, même si elles restent moins visibles que les hommes. Leur discrétion est présentée non pas comme une marginalisation, mais comme une spécificité liée à leur rôle et aux traditions de la confrérie.
Selon le « dozoba » Aly Konaté, les femmes ont bel et bien leur place au sein de la confrérie
L’initiation dozo : un processus encadré et progressif
Contrairement à certaines perceptions, devenir dozo ne relève ni d’une décision individuelle immédiate ni d’un simple désir. « Pour être « dozoba », il n’y a pas d’âge, mais il y a des conditions », explique-t-il. L’initiation repose avant tout sur la motivation, le courage et l’engagement du candidat, mais aussi sur un minimum de connaissances et d’étapes à franchir. Le futur initié est confié à un chef dozo, souvent différent de celui qui l’a initié, et doit progressivement acquérir des savoirs pratiques et spirituels.
« Avant qu’on te laisse seul aller en brousse, il faut que tu acquières certaines connaissances. Avant même de porter un fusil, il y a des étapes », précise Aly Konaté. Devenir chef dozo, capable à son tour d’initier des élèves, exige un niveau encore plus élevé de maîtrise et d’expérience.
L’un des points majeurs abordés concerne l’irréversibilité de l’initiation. « Une fois que tu es initié dozo, tu mourras dozo », a-t-il laissé entendre. C’est pourquoi l’approbation de la famille est obligatoire avant toute initiation. Si les parents sont en vie, leur consentement est exigé. À défaut, celui de l’épouse ou, dans certains cas, de l’enfant est requis. Cette exigence vise à éviter toute contestation ultérieure et à garantir que l’initié mesure pleinement la portée de son engagement. « Nous ne disons pas que nous faisons une enquête de moralité, mais l’initiation passe par plusieurs filtres », expliquent-ils.
« Une fois que tu es initié dozo, tu mourras dozo », lance le « dozoba » Aly Konaté

La question des infiltrations
Avec plus de 3 000 initiés annoncés cette année, la question des infiltrations préoccupe l’opinion. Les responsables reconnaissent que des cas ont existé par le passé. « Oui, nous avons eu des infiltrations, une soixantaine environ », admettent-ils. Toutefois, ils affirment que ces situations ont été traitées avec fermeté et assurent ne plus craindre aujourd’hui ce phénomène. À en croire le dozoba Aly Konaté, la confrérie se veut ouverte à toutes les religions et à toutes les éthiques, à condition que l’initiation respecte les règles établies et bénéficie de la bénédiction familiale.
À en croire le « dozoba » Aly Konaté, la confrérie se veut ouverte à toutes les religions et à toutes les éthiques

Souvent associés à la chasse, les dozos revendiquent également un rôle central dans la protection de l’environnement. Le choix de leurs tenues, à la couleur de l’herbe sèche, n’est pas anodin. « Nous chassons après l’hivernage, lorsque les animaux ont fini de mettre bas », explique-t-il. Selon lui, pendant la saison des pluies, un dozo ne chasse pas, afin de préserver la reproduction de la faune. Cette pratique, dit-il, responsable fait des dozos des protecteurs de la nature, conscients de l’équilibre écologique. « La protection commence par-là  », conclut-il, rappelant que le « dozoya » s’inscrit avant tout dans une relation respectueuse entre l’homme, la nature et la tradition.
Romuald Dofini
Lefaso.net
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