Cheveux locksés, jean au bas des fesses, le tout dans une démarche empruntée à l’univers du rap, Karim (nom d’emprunt) a comparu devant le Tribunal correctionnel pour répondre de faits de vol aggravé. Les faits qui lui sont reprochés trouvent leur origine dans une altercation nocturne avec un motocycliste qui l’aurait heurté. Ne retrouvant pas son téléphone par la suite, le motocycliste le poursuivra en justice, l’accusant de l’avoir volé. Le récit du prévenu, commerçant et rappeur, s’est fait dans une ambiance décontractée, ponctuée de rires, eu égard à ses réponses.
Dès l’entame du procès, le président, après avoir rappelé l’identité du prévenu, lui annonce qu’il lira dans la suite, les charges qui pèsent contre lui. Le prévenu, sans lui laisser poursuivre, lui répondra que cela n’était pas nécessaire. « Moi je connais déjà ce qui m’a amené ici. Il faut laisser seulement » a-t-il dit avant que la salle n’éclate de rire. Reprenant la parole, le président lui explique qu’il s’agit de la procédure à suivre avant tout jugement, et qu’il se devait de lui rappeler les faits pour qu’il dise s’il les reconnait ou pas.
A la lecture des charges, il s’agit d’un vol aggravé (le bien dérobé est un téléphone). En lui demandant s’il reconnaissait les faits, le prévenu répondra par la négative. « Vous êtes sûr que ce n’est pas vous qui avez volé le téléphone ? » a relancé le président. « Non, ce n’est pas moi », répondra le prévenu. Dans le même temps, lecture lui sera faite de ses déclarations devant le procureur. « De votre propre bouche, vous avez dit que c’est vous qui avez volé le téléphone. Vous avez même signé en bas. Je reprends ma question. C’est vous qui avez volé le téléphone où ce n’est pas vous ? » a relancé le président. « C’est moi », répondra le prévenu, avant que l’audience ne s’esclaffe à nouveau.
De façon résumée, l’altercation entre lui et la victime se serait déroulée entre 22h et 23h. Alors qu’il regagnait son domicile, le prévenu explique avoir été heurté par la victime en moto, alors qu’il manipulait son téléphone au volant. Pour se faire entendre, il dit avoir récupéré de force son téléphone. « Mais quand j’ai pris son téléphone, il l’a retiré en même temps » a-t-il précisé. S’en suivront donc de vives échauffourées. Les populations dans les environs interviendront pour les séparer.
Trois jours après les évènements, il dit avoir été retrouvé par la victime, qui le sommait de lui rendre son téléphone. « Je lui ai demandé de quel téléphone il était question, parce que lui même l’avait retiré le même jour. Il était venu avec ses amis. Ils m’ont tellement tabassé que j’ai promis de lui remettre de l’argent pour en acheter un autre » a ajouté le prévenu dans un éclat de rire de la salle. Ce n’est que plus tard qu’il apprendra que la victime avait porté plainte, et qu’il devait répondre des faits de vol aggravé devant les tribunaux.
« Vous dites que vous vous êtes frappés. C’était une grosse bagarre, non ? » a questionné le président du Tribunal. « En tout cas, on s’est frappé (rires dans la salle). Les gens sont venus séparer », a répondu le prévenu. « L’un d’entre vous est-il tombé au moment de la lutte ? », a poursuivi le président. « Non, personne n’est tombé », a clarifié Karim. « Et puis le téléphone a disparu comme ça ? », a sondé le Tribunal. « Oui », a-t-il répondu. « Entre vous deux-là, il y a quelqu’un qui est bizarre », a conclu le président, avant que la salle n’éclate de rire à nouveau.
Plus de détails à venir
Erwan Compaoré
Lefaso.net
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